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Nous avons lu et aimé

Nous avons lu et aimé

Nos impressions à partager avec vous, chers(ères) lecteur(trices).


L'AMOUR EST AVEUGLE

BOYD WILLIAM

SEUIL
22,00 €

Les prémices de l’été m’incitent à évoquer le dernier roman d’aventures de l’écrivain « so british » William Boyd. Il vous fera passer un excellent moment de détente au domaine de la littérature.
Les aventures en question sont nombreuses et variées. Elles passionnent le lecteur de bout en bout qui s’intéressent tout autant à l’amour dévorant du jeune Brodie Moncur pour la musique, en particulier pour le piano qu'à son amour pour Lika, la superbe cantatrice russe !
 L’oreille absolue dont Brodie est doté en fait un homme recherché voir indispensable pour les musiciens. Ce n’est pas le moindre de ses attraits qui lui permettra de quitter la sombre et plate ville d’Edimbourg en Ecosse pour un Paris étincelant avant de s’engager dans un vaste tour des grandes capitales européennes où la musique règne sans partage en cette fin du XIXème siècle.
William Boyd nous immisce dans ce siècle des virtuoses du piano où Chopin, Liszt, Zimmerman accompagnés par quelques autres remplissent les salles de concert, donnent à prix d’or des leçons aux femmes bien nées tout en n’oubliant pas de les séduire et en animant leurs Salons. Il y est également question des progrès de la technique musicale si indispensable à l’interprétation ou de la concurrence des grandes fabriques de pianos - Pleyel, Erard… - avec les pianos anglais Channon dont nous suivons l’installation sur le marché.
William Boyd nous guide également à travers une Europe où les villes sont de véritables théâtres de l’histoire des arts vivants. C’est évidemment la ville de Vienne mais aussi Trieste ou Genève. Joignez-vous à cet agréable voyage !



LIENART
25,00 €

Jusqu’à peu nous ne connaissions de Jacques-Henri Lartigue que ses photographies. Un autre aspect de ses nombreux talents nous est aujourd’hui révélé grâce à cet album coloré et plein de vie : le travail de l’artiste pour le monde de la haute couture et des arts décoratifs. L’album accompagne une exposition du musée d’art et d’histoire Louis-Senlecq situé à l’Ile-Adam à quelques enjambées de Paris.
L’on y trouve avec plaisir l’expression des différentes palettes de son expression artistique : peinture, dessin, photographie, littérature. Très jeune Lartigue photographie ou dessine pour la mode. Au fur et mesure son intérêt va grandissant pour le monde de la couture et des amitiés se nouent avec celles et ceux qui l’animent.
A la précision du trait, fruit d’une observation attentive, s’ajoute l’humour et la poésie de l’artiste qui va créer de nombreux motifs colorés si révélateurs des temps qui les ont produits. Des motifs floraux agités d’une vie débordante inondent les dessins. Ils nous éblouissent. Des motifs plus cadrés et géométriques seront exploités par les grandes maisons de tissus. L’artiste participera également à de nombreuses décorations d’intérieurs.



GALLIMARD
16,50 €

« Le monastère est pourpre. L’automne a lancé sur le cloître et la maison de l’évêque ses longues draperies de vigne vierge, elles mordent les génoises et retombent en pluie de sang devant les sept fenêtres de chaque étage. Seule la chapelle reste blonde et fière au pied de la colline ».
La phrase d’ouverture du bref roman de René Frégni est une invitation à se laisser conduire dans le monastère cistercien de Ségriès en Provence. Si les moines l’ont déserté, ses pierres témoignent encore de la spiritualité de ceux qui y vécurent. Sa disposition est vouée aux déambulations des occupants et favorise leurs méditations.
Le narrateur, gardien des lieux, s’y fond avec bonheur et y retrouve l’inspiration. L’atmosphère des terres chaudes de la Provence entre Riez et Moustiers-Sainte-Marie, les bruits et les couleurs de la nature éveillent instinctivement son désir d’écriture un temps émoussé.
Sa solitude apparente est en réalité habitée par l’histoire des lieux et la richesse polychrome des décors. A ses côtés apparaît une compagne : Solex – petite chatte – complice. Elle ressent l’humanité débordante de celui qu’elle élit comme son maître et partage son amour pour la nature.
Les livres et l’écriture occupent une place primordiale dans ces pages dont le récit met en lumière un couple de libraires, passeurs épris par leur vocation.



GRASSET
20,90 €

     Marcel Proust fut à ce point touché par la Sonate de Vinteuil qu’il fit de son compositeur un personnage de la Recherche.
     L’écrivain en esquissa dans son œuvre le portrait mais n’en écrivit jamais la vie comme Stendhal le fit pour Rossini.
Le vide est désormais comblé et les interrogations qui ont pu naître à la lecture de Proust trouvent désormais leurs réponses dans l’essai biographique que Jérôme Bastianelli, Président de la Société des Amis de Marcel Proust, collaborateur de la Revue Classica, et Directeur Général du musée du Quai Branly vient de lui consacrer.
     Le compositeur apparait dans cette biographie, en dépit d’une modestie assumée, comme un musicien avant-gardiste ayant inspiré nombre de ses contemporains devenus bien plus célèbres que lui.
     Georges Vinteuil (1817-1895) s’il traversa le XIXe siècle sur la pointe des pieds y laissa tout de même ses empreintes. Elles viennent de servir de points de repère à notre auteur musicologue et historien.
Comme en atteste l’analyse musicale savamment déployée par Jérôme Bastianelli, les compositions de Vinteuil inspirèrent les plus grands noms de la musique.
     Ainsi, le lecteur croise Gounod, Fauré, Saint-Saëns, Franck, Tchaïkovski, Wagner et quelques autres. Une époque se dessine sous nos yeux et nos oreilles entendent les harmonies romantiques se croiser sans trop de fracas. Les mœurs sociales, politiques et bien évidemment musicales s’animent en tournant les pages.
     Nous voilà pressés d’ouvrir nos encyclopédies et courroucés de n’y voir point figurer le nom du compositeur Georges Vinteuil.
Rassurez-vous, rein d’étonnant ! Ce livre est une blague mais une blague sérieuse et passionnante.
     Si toutes les informations relatives aux noms tirés de l’histoire y sont rigoureusement exactes, seule la vie de Vinteuil est purement imaginaire.



ACTES SUD

     Jean-Michel Othoniel sculpteur inspiré, amoureux des fleurs, des jardins et du Louvre compose un livre objet soigné, intelligent et séduisant. Il arrive légèrement en avance sur le printemps mais sa lecture sèmera tout autant d’émotions que l’observation attentive de la floraison des plantes de nos jardins, projettera tout autant de puissance olfactive qu’une inspiration dans ses allées parfumées et invitera avec délicatesse à mesurer la dimension sacrée de la création naturelle ou travaillée.
     La simplicité de l’ouvrage souligne le subtil arrangement des fleurs représentées où les plis si naturels de leurs vêtures semblent le fruit d’une savante composition. Les fleurs sont toutes glanées dans les allées du musée du Louvre parmi les chefs-d’œuvre qui y vivent.
     L’auteur précise : « Plus de cinq mille œuvres dont les notices contiennent le mot “ fleur ” ont été recensées par les différents conservateurs. Des millions de végétaux ont été peints, dessinés ou sculptés, couvrant plus de huit mille ans d’histoire ».
     Ce livre est un chemin pour regarder autrement les œuvres du musée du Louvre, les découvrir dans leurs détails fleuris.



GALLIMARD
22,00 €

Le roman de Jean-Christophe Ruffin nous entête rapidement d’une mélodie créée par le rythme des mots où les pas de deux protagonistes – Edgar et Ludmilla – forment une danse, un ballet, une ritournelle dont rien ne semble pour avoir empêché le sempiternel recommencement. Pourtant soyez-en certain, rien ici n’invite à la monotonie, rien ne sert l’ennui, bien au contraire ! Seul le rite est perpétué. C’est le tourbillon de leurs vies à deux, unique et 7 fois recommencé. Un cercle qui pourrait être vicieux mais qui à bien y réfléchir ne l’est pas tant que cela, quasiment une vertu, une recette, un filet pour éviter les trébuchements de la vie de couple.
Immédiatement ressurgissent les paroles de la chanson popularisée par le film de François Truffaut « Jules et Jim ». Ecrite par Serge Rezvani, « Le tourbillon » fut interprétée par Jeanne Moreau :
« On s’est connu, on s’est reconnu
On s’est perdu de vue, on s’est reperdu de vue
On s’est retrouvé, on s’est réchauffé
Puis on s’est séparé… ».
Le titre du dernier roman de l’académicien est sans ambiguïté : Ludmilla et Edgar vont s’aimer et se marier 7 fois. Le lecteur est 7 fois l’invité des noces qui prennent des formes bien différentes selon les lieux, les circonstances et les époques.
La rencontre de ces deux-là en Ukraine dans l’URSS de l’après-guerre est une véritable collision tant elle apparait à la fois improbable et inévitable quand on connait son issue. C’est un choc des cultures entre Ludmilla la paumée soviétique voulant à tout prix quitter son village et Edgar le paumé français – pseudo artiste photographe – qui se cherche et ne sait pas encore qu’il est sur le point de s’accomplir avec celle qui l’imprégnera totalement.
Une fois qu’Edgar aura délivré Ludmilla le reste du monde s’ouvre à ce couple qui s’empresse de se marier. C’est la condition sine qua non de leur liberté.
L’époque parfaitement restituée – les années 50 et 60 – autorise les expériences, les tâtonnements, les réussites fracassantes, les échecs retentissants. Ils connaitront les deux, les sommets de la gloire et de la réussite, les gouffres de l’indigence, les errements issus de leurs recherches et de leurs provocations.
Mais leurs vies se concentrent autour de leur impossibilité pathologique à vivre ensemble contrebalancée par leur absolu empêchement à vivre séparément. Il leur faut alors inventer un rite, un modus vivendi pour consommer leur embrasement amoureux sans se consumer.
Le lecteur est emporté par le tourbillon de leurs vies, dans les coulisses des plus grandes scènes d’opéra et les mystères de la voix, les secrets de la bibliophilie, les terres d’Amérique ou d’Afrique du Nord. Pas un moment de répit dans ce récit passionnant à l’image du sentiment qui habite ses protagonistes.