Vous n'êtes pas connecté


Nous avons lu et aimé

Nous avons lu et aimé

Nos impressions à partager avec vous, chers(ères) lecteur(trices).


UN PERE SANS ENFANT

ROSSANO DENIS

ALLARY
20,90 €

     Les cinéphiles seront naturellement sensibles à ce récit de la vie du réalisateur Douglas Sirk allias Detlef Sierck (1897-1987).
   J’invite cependant les autres à découvrir le destin de cet artiste lettré, car lorsque la souffrance d’un homme se heurte à la tragédie de l’histoire la vie prend une tournure romanesque qui ne peut laisser qui que ce soit indifférent.
       C’est ce qui a saisi le jeune étudiant en histoire du cinéma Remi – narrateur du récit – quand il décide dans les années 80 de se rendre à Lugano en Suisse pour échanger avec le mythique réalisateur de films allemands puis hollywoodiens. Celui qui a réinventé le mélodrame.
     La conversation s’engage alors entre les deux hommes. Au rythme des rencontres la densité des propos étoffe le dialogue. C’est en réalité bien plus et bien mieux qu’un entretien ou qu’une interview, c’est une remémoration, une « analyse » en direct. Les échanges chargés de leur « moi », forent les territoires les plus intimes et perforent les carapaces. Les silences sont parfois plus lourds de sens que les aveux et Douglas Sirk livre une part du plus précieux de lui-même en revisitant sa vie et en décodant ses films. (Paramatta bagne des femmes, La Habanera, Écrit sur du vent, Tempête sur la colline, Tout ce que le ciel permet…).
     Les propos tenus charrient la boue de l’histoire qui contraignit le réalisateur à accepter de travailler pour l’imposante firme de cinéma UFA aux productions si grandioses telles que L’ange Bleu, Chemin du paradis ou L'Opéra de quat’sous.
      La question qui hante alors les deux hommes puis le lecteur est de savoir pourquoi tandis que le péril nazi s’installait au pouvoir, Detlef Sierck se soumit au diktat d’un Goebbels borné et pourquoi il accepta de se mettre un temps au service de l’idéologie du national-socialisme alors même que sa femme était juive ?
     Denis Rossano au moyen d’un astucieux traveling littéraire éclaire successivement les différentes postures du cinéaste resituées dans le contexte politique et culturel de l’époque particulièrement bien décrite.
     Le lecteur s’interroge sur ce qui a bien pu déterminer cet homme raffiné, familier de Max Brod, Kafka, Doblin, Brecht, Otto Dix, l’enfant de l’esprit de l’Allemagne de Weimar à frayer avec ce cinéma populaire de propagande. A-t-il troqué sa carrière contre son honneur ? A-t-il préféré conserver les avantages liés à sa situation plutôt que d’affronter les risques et périls liés à d’un départ précipité. A-t-il, oui ou non et pourquoi, sous-estimé la force destructrice et aliénante du pouvoir qui s’installait ?
     Ce sont les lois du rapport entre création et pouvoir politique qui sont ici mises en scène et analysées.
    C’est alors, que de la noirceur des boyaux du passé, surgit la figure lisse et lumineuse de Klaus – l’enfant aux cheveux blonds et aux yeux myosotis. C’est l’unique fils du réalisateur né d’un précédent mariage avec l’actrice Lydia Brincken.
     L’enfant manipulé par une mère conquise aux idées du pouvoir en place se voit interdire tout contact avec son père.
     Ces deux-là ne se reverront jamais plus.
    Klaus modèle du jeune aryen, espoir de toute la jeunesse allemande s’enrôle au cinéma et devient une jeune star adulée et courtisée. Il apparait dans sept films à grands succès avant de disparaitre à tout jamais. (« Tête haute Johannes », « Dispute sur le garçon Jo » ou encore « Le grand roi »).
     Qu’est-il devenu ?
     C’est là le fil rouge de toute la vie du cinéaste, sa blessure cachée, l’axe majeur de sa pensée.
    Klaus fut-il la raison primordiale de son retard à fuir l’Allemagne qu’il ne quitta qu’en 1937 ne pouvant plus tergiverser sans mettre en péril son existence et celle de sa femme ?
    En 1980 à Lugano le vieil homme à bout de souffle d’avoir porté le fardeau de l’absent, plus lourd et obsédant que tous les présents, peine à exprimer sa vérité. La jeunesse de son interlocuteur qui l’invite à parler sans le juger l’aide à visionner sa vie et à s’interroger une ultime et dernière fois sur ses choix. Le lecteur en ressort avec un autre regard sur les films réalisés par Sierck. Ils s’avèrent être en réalité pour une large partie un hymne à l’enfance, une recherche sur ce que c’est que d’être un père.



AUTREMENT
14,90 €

    Cet ouvrage évoque l’histoire du monde contemporain des XIXe et XXe siècles. Cette fois seules 120 dates sont retenues comme : 1848 l’Europe en révolution, 1896 le retour de l’Olympisme, 1938 les accords de Munich,1962 la crise de Cuba…   le projet est ambitieux et l’ouvrage relève bien le défi d’évoquer la géopolitique contemporaine.    Beaucoup trouveront probablement réducteur le point de vue loupe consistant à s’arrêter sur une date pour évoquer un courant dont les origines, le développement puis les conclusions débordent inévitablement une seule journée.
     La chronologie est la structure sur laquelle se bâtit l’évènement et sans laquelle les courants perdent de leurs sens puis s’égarent. Ces deux livres constitueront d’ici peu, je le souhaite, un aide-mémoire qui pourrait vous devenir indispensable. Leur format astucieux –21 x 25 – est plaisant et très maniable.



AUTREMENT
14,90 €

    Les éditions Autrement publient simultanément deux ouvrages conçus sur un même canevas et participant de la même intention, faciliter une meilleur compréhension des évènements majeurs de l’histoire à travers la connaissance d’une bonne centaine de dates clés évoquées selon la chronologie de leur avènement.
     Chacun des évènements est resitué dans l’histoire par une date et accompagné d’une carte.
       Le premier ouvrage s’intéresse à l’histoire de France. Il offre aux lecteurs 130 dates clés parmi lesquelles : 496, le baptême de Clovis, 987 l’avènement d’Hugues Capet, 1635 la création de l’Académie française, 28 juin 1919 la signature du traité de Versailles…
       L’intention de l’auteur historien, Arnaud Pautet est simple : constituer une chronologie historique de l’histoire de France restituant le processus de constitution de notre nation.



AME BRISEE

MIZUBAYASHI, AKIRA

GALLIMARD
19,00 €

     Âme brisée est un livre dont les arômes nuancés diffusent progressivement leurs senteurs à la manière des parfums du thé qui au gré de leur intensité, de leurs couleurs ou de leurs profondeurs scandent rituellement les étapes d’une journée.
      Sa musique aux rythmes à la fois lents et mélancoliques enveloppe le lecteur en éveillant ses sens.
   Prose et mélodie, musique et littérature s’entrecroisent puis se mêlent au point de se confondre et de s’exprimer una voce.
     C’est la musique de la vie des personnages du roman.
     L’instrument dont elle émane est un violon « Vuillaume » restauré. Il est l’épicentre de l’existence du Maître Luthier - Jacques Maillard - qui en a fait la grande affaire de sa vie. Chacune de ses notes chante ses origines, son martyr, l’amour bienfaisant de son restaurateur guidé par son indéfectible volonté de le ressusciter et son goût raffiné pour la musique et les arts.
      Le lecteur suit l’épopée de ce violon depuis les années 30 dans un Japon déchiré par son conflit avec la Chine jusqu’à sa restauration dans la France contemporaine où la jeune et puissante soliste Midori Yamazaki venue de Tokyo le fait sonner sur une scène parisienne prestigieuse conférant à son cheminement une résurrection en forme d’apothéose.
      Au cours de ces années le violon s’est imprégné de l’humanité débordante de celles et ceux qui croisant sa route lui ont conféré un supplément d’âme pour résister au traitement barbare et violent de ceux qui préfèrent la guerre à l’harmonie. Cet enchaînement de rencontres forment le terreau de sa résurrection.
      C’est la rencontre avec son premier propriétaire japonais qui contrevient aux lois de son pays en guerre avec la Chine et transgresse ses codes sociaux au prix de sa vie pour former un quatuor avec de jeunes étudiants chinois. C’est la rencontre avec un militaire mélomane qui désobéit aux ordres pour sauver in extremis ce Vuillaume de l’irréparable. C’est la rencontre essentielle avec ce Maître Luthier et sa compagne archetière aux gestes pesés et précis appris et répétés de longue date à Mirecourt puis à Crémone qui relèvent l’instrument de ses blessures. C’est la rencontre avec cette soliste japonaise qui le tire de son silence. C’est la rencontre fondamentale avec la musique de Schubert et son quatuor à cordes en la mineur opus 29 dit « Rosemunde » et de Bach avec la Gavotte en rondeau dans La 3e Partita pour violon seul à qui il donne sa voix.
       Ce roman à l’écriture soignée touche à ce qui donne à nos existences la dignité.

 

Christophe



CAFES, ETC.

BLONDE DIDIER

MERCURE DE FRAN
13,00 €

    Les cafés ne sont jamais des lieux anodins. Didier Blonde en consommateur habitué des comptoirs s’y rince non seulement le gosier mais encore l’œil. Calé sur sa chaise, enfoncé sur la banquette, accoudé le long du zinc Il observe et nourrit son verbe des mille et une vies de ses habitués ou passants occasionnels qui y abandonnent toujours quelque chose d’eux-mêmes. Ne voulant rien laisser se perdre l’écrivain se l’approprie. C’est cette géographie parisienne qui nous est racontée avec tendresse. Mais l’érudit guette et l’écrivain instille discrètement dans son récit des évocations littéraires ou cinématographiques dont le cœur ou l’intrigue se nouent et se développent dans les bistrots.
     Dans le dix-huitième arrondissement, Place Constantin-Pecqueur - « Au rêve » - Damia, Cendrars, Jean Marais, Mary Marquet, Jacques Brel, Suzanne Gabriello, Georges Simenon ont laissé les traces de leurs passages.
     « Modiano le rodeur de Paris, le maraudeur nocturne les utilise comme lieu de rencontres de ses personnages dans Accident nocturne ou Chien de Printemps ».
      Passage de l’Opéra, le café Certa est témoin des disputes entre Eluard et Picabia et de la dislocation du mouvement Dada.
      Combien d’heures ai-je passé au café ? Heures perdues, heures denses ? La danse des heures prend un rythme singulier, une tournure toujours différente dans ces abris parisiens où des histoires pas comme les autres se vivent sous nos yeux.
      Dès les premiers mots de ce livre attachant et précieux je m’y suis senti comme chez moi c’est-à-dire comme au café !






 

Christophe



LES OS DES FILLES

PAPIN LINE

STOCK
18,50 €

    Une même ville peut être perçue bien différemment selon les périodes et les personnes.
     Dans « Les os des filles », la ville au cœur du récit c’est Hanoï.
     Pour la grand-mère de Line Papin Hanoï fut synonyme de pauvreté et de guerre.
    Pour notre jeune écrivaine tout au contraire Hanoï - sa ville natale qui l’a vue grandir dans les années 90 - rime avec la joie d’une jeunesse vécue en famille et entourée d’amies.
     Aussi, quand vient le temps de la rupture lors de son départ pour la France, Line entame une période de souffrance et de tristesse.
     La grisaille des jours parisiens met fin à son bonheur de vivre et son esprit ne parvient pas à oublier les couleurs de la vie au Vietnam. Ce mal du pays envahit la jeune fille et se transforme bien vite en dépression.
     Line a-t-elle sa place dans ce nouveau monde ou Hanoï restera-t-elle l’ancrage de sa vie d’avant, de sa vie heureuse ?
     Comme pour exorciser son idéalisation de la ville de ses origines, Line entreprend un retour un pays.
   C’est alors que s’ouvrent de nouveaux chemins pour Line qui lui permettront de redonner du sens à son existence et continuer à avancer. Ce retour s’avère salutaire.
     Le roman de Line Papin est un bel hommage à Hanoï et au Vietnam ainsi qu’une leçon d’espoir pour tous ceux que la vie conduit à rompre avec leur terre d’origine.