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Nous avons lu et aimé

Nous avons lu et aimé

Nos impressions à partager avec vous, chers(ères) lecteur(trices).


Tallandier
21,50 €

Tandis que le Mémorial de Shoah (17, rue Geoffroy l’Asnier 75004 Paris) propose une exposition sur le marché de l’art sous l’Occupation du 30 mars au 3 novembre 2019, les éditions Tallandier publient un livre tout à la fois passionnant et effrayant sur ce même thème.

Vous découvrirez dans ce livre très documenté et précis que la vivacité déconcertante du marché de l’art pendant l’Occupation eut pour principale source la spoliation des biens juifs qui furent très méthodiquement saisis. Les processus et l’obstination mis en place pour y parvenir sont minutieusement décrits. Cet essai apporte la preuve irréfragable s’il en était encore besoin de la volonté des dignitaires nazis de se constituer des collections personnelles et de s’enrichir au détriment des musées français et des galeristes parisiens. Ils rencontrèrent malheureusement la collaboration de français pour accomplir leur dessein.

Leurs ambitions furent également servies par une législation antisémite qui facilita grandement la mise en œuvre de ces machiavéliques projets qui devaient dépouiller la France et les français.

Il se trouve que beaucoup de ces prestigieux galeristes de la place de Paris étaient juifs et leurs collections considérables. Ils détenaient aussi bien les grands maîtres classiques que les toiles des peintres modernes dont ils pressentaient le grand intérêt.

Il y est question des galeries de Pierre Loeb, de Paul Rosenberg et du 21, rue de la Boetie ou de René Gimpel et de quelques autres mais également de tous ceux - antiquaires, administrateurs provisoires, commissaires proviseurs - qui contribuèrent par leurs activités à ce dépeçage. Dans ce sinistre marchandage émerge heureusement la belle figure et le rôle essentiel de Rose Valland qui contribua à sauver un nombre important de chefs d’œuvre de l’art.

Enfin ce livre nous apprend qu’à l’heure de sa publication le sujet reste d’une douloureuse actualité, beaucoup des œuvres d’art spoliées n’ayant toujours pas été restituées à leurs légitimes propriétaires.



LA PIERRE ET LE VENT

LE GUILLOU, PHILIPPE

TALLANDIER
17,90 €

Le récit de Philippe Le Guillou est d’une clarté profonde qui donne à voir les enracinements de sa foi et de son espérance. Il est porté par le vent de l’Esprit et les mots y sont polis sur la pierre du baptistère de l’église de son village natal en Bretagne où il fut baptisé, l’église du Faou.
« Belle cuve de pierre ocre avec sur ses flancs l’inscription des quatre fleuves du paradis terrestre ».
Cette église concentre aux yeux de l’écrivain « toutes les qualités qui sont celles du christianisme, l’enracinement, l’ancrage, la force, la solidité et la tentation de l’ailleurs ».
Cette entrée par l’église du Faou dans la maison des chrétiens - ce foyer catholique - inaugure le pèlerinage de l’écrivain. Il l’a conduit des commencements jusques à aujourd’hui à répéter ses haltes dans ces monuments de prières : églises, abbatiales, cathédrales, chapelles. Ce sont des lieux de transmission de la foi et de ressourcement taillés dans la pierre et le bois où s’élèvent vers le ciel, au cœur de ces arches d’accueil de nos espérances, de nos frilosités et de nos peines, les statues de nos saints qu’il vénère.
« Statues des églises qui avaient à mes yeux une puissance qui dépassait leur seule vertu décorative ou esthétique ».
Elles ont pour nom les églises du Faou et de Rumengol, Saint-Mathieu de Morlaix, Saint Eustache, la Basilique Saint-Pierre et beaucoup d’autres encore.
 C’est que probablement sans maison il ne peut y avoir de famille et sans église de catholique.
 Ce récit se révèle sans aucun doute un magnifique engagement de foi, une œuvre de passeur et une manifestation de fidélité envers l’église catholique.
L’homme y occupe une place centrale et l’écrivain rappelle que « la sainteté prend souche dans l’humain ».
« Le christianisme était avant tout affaire de tradition et d’histoire, de legs et de promesse, de redite et de transmission ».
Les rencontres y sont essentielles et fondatrices. La première qui retient l’attention est celle avec Monseigneur Jullien. Philippe Le Guillou nous confie qu’elle « avait ouvert un autre chemin, une brèche, une force irrépressible qui quelques semaines plus tard me ferait soudain prendre la route de l’église où je n’avais plus mis les pieds depuis plus de dix ans ». Mais la rencontre primordiale à mes yeux et ô combien poignante est celle avec Anna, la grand-mère de l’écrivain, qui réussit à transmettre sa foi par son chant.
« C’est la Semaine sainte. La foi d’Anna est forte, d’un bloc, peu sujette aux remises en question. Elle s’exprime dans la marche, la prière et le chant… Voici qu’elle se met à chanter, pas un chant de louange, pas un hymne à la beauté du monde renaissant. Ce qu’elle chante me bouleverse et j’entends encore sa voix près de cinquante après, comme si c’était hier. Elle dit les paroles de l’Eglise en cette semaine peineuse, “ Ô Croix dressée sur le monde. Ô Croix de Jésus-Christ ” ».
Touche après touche s’écrit le sanctuaire intime de l’écrivain. Nous y sommes ses invités dans une forme communion entre paroissiens d’une même église universelle. C’est la marque de la confiance ultime de Philippe Le Guillou dans ses frères, un acte de partage.
De brefs chapitres successifs évoquent tour à tour les grandes fêtes religieuses de Noël et de Pâques, son admiration pour les Papes avec les portraits saisissants et ciselés de Jean-Paul II ou de François, la liturgie, les rites et la vie peineuse ou emplie d’espoir de nos communautés catholiques, de nos églises et de nos pratiques religieuses.
Dès les premiers mots j’ai adhéré à cette évocation puissante du « ce que je crois » de Philippe Le Guillou. Son récit si personnel touche par sa densité d’émotions et irrigue une foi fertilisante pour le lecteur. Il est tendrement amené à s’interroger sur le socle de ses croyances, à réfléchir sur la vie de son église ou à se questionner sur son indifférence à la transcendance et à la spiritualité. Où qu’il se trouve, où qu’il en soit de sa vie, le lecteur se sent appelé à vibrer, à entrer en marche, à se dire que si un seul homme peut nourrir sa vie de la parole du Christ, il peut lui aussi y trouver le levain de son espérance et son chemin vers la lumière.



GALLIMARD
22,00 €

La lecture de l’Evangile selon Yong Sheng est un moment si touchant et bouleversant qu’il est impossible d’entreprendre la lecture d’un autre livre tant que les 438 pages du roman n’ont pas été achevées. Tourner la page après avoir été saisi par le destin hors du commun de ce jeune enfant Yong Sheng – chinois natif au début du XXe siècle de chine méridionale près de Putian – vous demandera un effort mais vous ne le regretterez pas.
Dai Sijie raconte ici avec tendresse et parfois même drôlerie le chemin si personnel et douloureux de son grand-père. Le romancier avec un art abouti de la description nous fait pénétrer dans une Chine mystérieuse encore bercée par les traditions et les superstitions. Malgré cet environnement le jeune Yong Sheng est placé en pension chez un pasteur dont la fille va éveiller chez lui la croyance puis la vocation au point de le conduire à devenir pasteur lui-même.
Mais il ne fait pas bon professer sa foi quant à la charnière du XXe siècle la Chine bascule dans l’horreur du communisme au temps de la république populaire. Puis comme pour amplifier son martyre la Chine des années 60 sous l’égide de Mao Zedong bascule dans l’installation destructrice de la Révolution culturelle qui va désigner Young Sheng « ennemi du peuple ».
À chacune des phrases de ce roman affleure une sensibilité et une appréhension de la culture de la civilisation et de la mentalité chinoise. Dai Sijie nous écrit malgré l’horreur du régime son attachement viscéral à sa terre et nous le comprenons.
Le lecteur partage ce mouvement d’indignation, de révolte et d’élan qui pousse l’écrivain à dénoncer en même qu’il éprouve comme un besoin irrépressible de raconter ses origines.



PARIGRAMME
18,90 €

Les amoureux de Paris fascinés par le décor des rues et leur histoire au cours des saisons vont se promener avec intérêt dans cet album qui retrace les pérégrinations de l’écrivain Patrick Modiano. Il en a fait la carte de ses livres, l’itinéraire de ses personnages qui errent chez eux en espérant s’y perdre. En revanche, le lecteur  s’y retrouvera parfaitement !
Arrondissement après arrondissement l’ambiance d’un Paris disparu nous est contée grâce aux nombreuses photographies illustrant le livre conçu par Gilles Schlesser.



PRESSES CITE
19,00 €

Dans un même esprit vous pourrez retrouver les lieux parisiens évoqués par Georges Simenon dont nous célébrons cette année le trentième anniversaire de sa disparition. L’écrivain enquêtait avec une minutie presque maniaque à propos de chacun des lieux évoqués dans ses romans. C’est Gilles Carly qui cette fois a mené l’enquête avec le concours des photographies conservées à la bibliothèque historique de la ville de Paris.
Avec ce mois de mars pluvieux le lecteur peut arpenter de chez lui les rues évoquées par nos deux écrivains et découvrir ou retrouver un Paris que seuls les livres peuvent encore restituer !



TOUT UN MONDE

LACRETELLE ANNE

B.DE FALLOIS
22,00 €

Que reste-il dans nos mémoires de Jacques de Lacretelle dont on sait dans le meilleur des cas qu’il fut un écrivain (1888-1985) ?

Un nom qui renvoie vaguement à ces lointains auteurs dont on devine qu’ils connurent leur heure de gloire et un titre « Silberman » (prix Femina 1922, obtenu contre Les Thibault de Roger Martin du Gard) dont le libraire peut vous affirmer qu’il est aujourd’hui prescrit et lu dans les collèges et les Lycées.

C’était à peu près tout jusqu’à ce que sa fille, Anne de Lacretelle, rédige ses Mémoires en forme d’évocation sensible et intellectuelle de la vie de son père.

En lisant ce titre nous croisons avec intérêt beaucoup de figures – écrivains, artistes, intellectuels – qui furent des amis de l’écrivain. Nous percevons que ces artistes furent pour sa fille bien plus que les représentants de l’intelligentsia ou des institutions, des êtres de cœur et de chair hautement importants.

Ainsi d’une part, Anne de Lacretelle brosse des portraits vivants, précis, humains de ce Monde des décennies primordiales du XXe siècle et d’autre part restitue parfaitement l’ambiance et la chaleur de ce qui les relièrent les uns aux autres.

Les lieux de vie ou de la création sont évoqués avec tendresse à l’image de Montfort-l’Amaury – village refuge de Ravel ou de Jean Anouilh – mais également de Jacques de Lacretelle qui venait dans sa maison trouver le calme et l’inspiration pour écrire.

Marcel Proust, Paul Morand, André Gide, Montherlant, Cocteau, Mauriac et quelques autres et pas des moindres nourrissent ces lignes. L’évocation de Marie Laurencin est particulièrement touchante et réussie.

Ce livre des Mémoires d’Anne de Lacretelle provoquent une irrésistible envie de lire ou relire beaucoup de livres tombés injustement dans cet oubli évoqué à l’instant et de redécouvrir cette époque dont on rage qu’elle se soit envolée si rapidement.