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Nous avons lu et aimé

Nous avons lu et aimé

Nos impressions à partager avec vous, chers(ères) lecteur(trices).


Télémaque
21,00 €

Sophie Chauveau appartient à cette tribu des « contaminés » par Picasso tels qu’ils apparaissent dans le premier volet de cette biographie évoquant les débuts du grand peintre jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Depuis longtemps la femme admire le travail de l’artiste et depuis quelques années déjà la biographe étudie l’homme et son œuvre.

Mais, le phénomène est suffisamment rare pour être souligné : Sophie Chauveau n’en a pas pour autant rédigé une hagiographie ! Elle ne s’est pas laissé dévorer par le Minotaure. C’est pour cela que l’ouvrage apporte une vision renouvelée et fracassante du peintre.

Dès ses jeunes années, l’artiste se révèle aimanter son entourage, le séduire, capter ses forces pour en réalité finir par l’en dépouiller.

Cette visite de la vie d’un des grands maîtres de la peinture restitue la phénoménale et passionnante aventure picturale du XXème siècle.a

Le deuxième volet de la biographie vient de paraître.



NOUVELLE CITE
13,00 €

L’excellente et très pratique collection « Ce que dit la Bible sur… » aborde avec intelligence et érudition une thématique rare : la fidélité. Le thème se démarque des approches plus classiques comme la miséricorde, la famille, le péché.

Après avoir réfléchi au sens du mot fidélité dans la Bible – fidélité entre Dieu et son peuple – qui renvoie au verbe hébreu aman employé 150 fois dans la Bible.

Puis cette notion est regardée de différents points de vue qui forment autant de chapitres : La rencontre entre Dieu et Israël ; Des hommes et des femmes fidèles dans le Premier Testament ; Les psaumes chemin de fidélité ; Fidélité et Nouveau Testament.

C’est selon Alain Marchadour dans les psaumes « que s’exprime le plus intensément le lien entre Dieu et les croyants, à travers toutes les facettes du ‘croire’: la fidélité envers et contre tout, l’attachement passionné à Dieu… ».

« D’ailleurs, le premier mot qui ouvre le Psautier, c’est le mot heureux qui définit dès le début un programme de vie pour le croyant. … Le croyant peut prendre le chemin de la sagesse qui place sur la voie de la fidélité… ».

Les textes de la Bible évoquant la fidélité sont ainsi passés en revue. Le livre offre au lecteur la chance de saisir rapidement, en 122 pages, toutes les références à la fidélité ainsi que des commentaires précieux pour mieux comprendre les références.



LE BON COEUR

BERNARD MICHEL

TABLE RONDE
20,00 €

 Aucun doute, Jeanne d’Arc a touché le cœur et la plume de l’écrivain Michel Bernard.
 L’écriture droite, nette et pure du récit est conduite par la main de la jeune pucelle venue de Donremy accomplir la mission que ses voix lui ont confiée :
 Ont-ils fait marche arrière et vécu en demi-teinte ? Ont-ils adopté un profil bas ? Ou bien au contraire ont-ils crié et revendiqué silencieusement et ourdi des complots pour récupérer une autorité légitime dont ils auraient été spoliés ?
« Elle avait reçu de Dieu mission d’aller en France, d’y parler au Dauphin Charles, puis avec l’armée ayant défait les Anglais, de le mener à Reims pour qu’il y soit couronné. Alors par les forces unies du Royaume l’envahisseur serait chassé, la France sauvée et la chrétienté en paix ».
 Ce roman merveilleux est pénétré des paroles de la jeune paysanne et emporte le lecteur à la manière de ceux qui vont pendant deux ans du Barrois en Lorraine – dont elle est originaire – jusqu’ à Rouen – la ville de son agonie – suivre son étendard blanc convaincus qu’il faut pour restaurer l’intégralité du Royaume de France faire sacrer le Dauphin Charles à Reims.
Michel Bernard a choisi de retracer les cheminements de cette jeune femme à la vigueur fragile, de suivre son pèlerinage de foi à travers les régions et les villes de France chapeautées par les clochers des églises et des cathédrales. Chaque étape est ponctuée par des messes, des confessions, des communions, des arrêts devant les sanctuaires qui sont autant de pauses spirituelles.
  Les mots de l’écrivain sont frottés à la terre de France qu’il connait si bien, posés avec justesse pour tracer miraculeusement cette route qui conduira d’un même élan de foi et de force à la délivrance de la France et à la perte de Jeanne qui loin de rassembler divise par son ardeur.
 Son premier cheminement, à l’origine en 1429, est initiatique et de rupture. Il amène Jeanne à quitter sa ville et ses parents pour se rendre à Chinon où le Dauphin est confiné dans son Royaume de plus en plus réduit par l’occupation victorieuse des Anglais alliés aux Bourguignons.
Pénétrée des effets des sacrements qu’elle reçoit quotidiennement et soutenue par ses voix qui l’accompagneront jusqu’à son martyre, la jeune paysanne analphabète tient des propos qui vont décider le Dauphin à réagir contre l’ennemi et soulever la curiosité et l’enthousiasme des foules.
Son espérance contagieuse emporte la conviction des grands du royaume. Gilles de Rais, La Hire ou Poton de Xaintrailles se mettent en route à ses côtés après que beaucoup d’autres aient douté et refusé ses supplications.
Ensemble ils partent pour la délivrance d’Orléans assiégée depuis 5 mois et bientôt s’engageront vers Reims par la volonté de Dieu et l’intercession de Jeanne où le Dauphin sera couronné.
Après la levée du siège d’Orléans « Tout était pareil et tout était changé. Le peuple d’Orléans n’était plus seul, il croyait en la jeune fille dont la voix était mêlée à la leur. Ils croyaient dans leur force. Ils avaient confiance. Ils allaient vaincre. C’était le 29 avril 1429 ».
 Soulevé par les victoires et porté par le sacre, le Dauphin – lieutenant de Dieu dans son Royaume – peut s’engager à constituer l’unité de la France avec le soutien de Jeanne.
C’est lors de ce cheminement victorieux que la pucelle se découvre proche de ses hommes qu’elle conduit au combat et ressent l’ivresse de l’action. Elle leur assigne une mission : « Elle voulait que les hommes se battent comme des lions et vivent comme des moines ».
- Après les victoires en chapelet pour unir les belles terres de France, Jeanne échoue à délivrer Paris.
 C’est alors le cheminement du doute qui débute.
 Les défaites se suivent et son opiniâtreté finit par la piéger.
 Faite prisonnière devant Compiègne, son cheminement noir écarte définitivement l’élan crée sous la houlette de son étendard blanc.
Le lecteur est alors étreint par le récit de son emprisonnement, sa résistance mentale et physique à l’humiliation, sa résignation à accepter les conditions de vie qui lui sont faites privée du secours de la messe et de l’Eucharistie. Ce sont les heures noires du cachot à peine baigné de la pale lumière de la campagne normande.
 Surgit alors le cheminement de la délivrance. Il s’amorce avec l’ouverture du procès confié à une juridiction ecclésiastique présidée par l’évêque de Beauvais en résidence à Rouen, Pierre Cauchon.
Certaine de la volonté de Dieu, Jeanne répond trois semaines durant avec une assurance saisissante aux questions de ses juges dont la décision est déjà arrêtée et qui ne cherchent qu’à la justifier. Sa parole est si convaincante, ses mots sont si simples, pesés et justes qu’ils ébranlent et retournent certaines positions. Bien que Jeanne trébuche de fatigue, sa vie sur terre est encore pour un très court laps de temps épargnée.
Confiée à une juridiction séculière, la pucelle est déclarée : hérétique, relapse, apostate, idolâtre.
 Le matin du 30 mai 1431 un bûcher de souffrance est dressé sur la place du vieux marché. Jeanne suffoque brûlée vivante sur ce bucher. Elle a 19 ans.
 La force du roman de Michel Bernard est d’avoir chevauché près de Jeanne comme un compagnon de tous les combats. Le lecteur découvre une Jeanne plus intime qui vibre pour le royaume de France et les paysages de ses régions qui sont décrits dans leur vérité poétique.



JE VOULAIS LEUR DIRE MON AMOUR

PANCRAZI JEAN-NOEL

GALLIMARD
12,50 €

Jean-Noël Pancrazi propose dans ce récit débordant d’émotion d’écarter toutes les rancœurs qu’un départ forcé de l’Algérie aurait pu légitimement faire naitre chez lui pour le remplacer par un message d’amour.

Le titre de son livre est une véritable invitation à l’ouvrir. Acceptons-la.

Après 50 ans d’abstinence avec l’Algérie, son amour pour le cinéma le décide à renier sa promesse de ne jamais retourner sur sa terre natale.

Jean-Noël Pancrazi accepte alors de participer dans la ville d’Annaba à un festival du film Méditerranéen. C’est un prétexte exaltant. Son intention profonde est de retrouver enfin les couleurs et les odeurs de sa jeunesse laissées involontairement sur place, de retourner le festival terminé à Batna - ville de sa naissance - où flotte encore, au moins dans sa mémoire et dans son cœur, les beautés rêvées de sa jeunesse abandonnées en 1962.

Les premières émotions sont aux couleurs d’une Algérie chaude, vivifiée par une jeunesse souriante, énergique et accueillante, des lieux pénétrants les âmes. Rapidement le retour au pays fait émerger les sentiments du passé, les liens noués avec les voisins et les amis, la vie familiale qu’il revisite en compagnie de la présence imaginée de sa mère.

Le lecteur vit et participe à la recomposition de son passé. Il est propulsé en quelques mots dans ce voyage libérateur, plongé dans l’écrin de la mémoire de l’écrivain.

Porté par les images du festival, les échanges avec les membres du jury, Jean-Noël Pancrazi s’échappe du réel pour revisiter le passé, son imagination flotte dans l’espace et le temps. La mémoire travaille son corps, son cœur et son écriture, torture les réalités, les brise ou les reconstitue.

Bientôt les émotions tendres cèdent la place à des émotions plus violentes. Les images d’une Algérie de combat, de sang et de rouge empiètent le récit. L’islamisme émerge avec sa culture de mort, sa dictature de la pensée où la suspicion remplace la fraternité, où le beau est sali par une idéologie qui dévoie tout ce qui tombe sous son regard.

Quand le moment est venu de passer de l’imaginaire au réel, de donner une matérialité à son retour à Batna, une réalité à ces vagabondages inspirés, J.-N. Pancrazi est brutalement refoulé du pays. La noirceur de la réalité s’abat sans appel. L’espérance s’éteint avec brutalité. C’était la dernière séquence.

C’est un sinistre scénario de répétition qui condamne définitivement l’auteur à l’errance dans ses souvenirs et à l’écriture pour donner corps, pour donner un espace de vie à sa jeunesse perdue dans des contrées inatteignables.



LA ROSE DE SARAGOSSE

JERUSALMY RAPHAEL

ACTES SUD
16,50 €

Le puissant roman de Raphael Jérusalmy rappelle les liens indissolubles entre histoire politique et histoire de l’art, leur course parallèle, leurs intentions à vouloir maîtriser la marche du monde, influencer la pensée et infléchir ou pour le moins marquer le cours de l’histoire. Pouvoir et art sont animés par un élan semblable mais leurs forces sont contraires.
Ces questions universelles et intemporelles s’expriment dans ce livre avec réalisme et cynisme.
Ce roman à l’écriture classique à laquelle le lecteur goûte avec délectation nous plonge au cœur de l’Espagne du XVème siècle. Les exactions de l’Inquisition nous dégoûtent et nous révoltent. Au fur et à mesure de la progression de l’histoire, sur ce fond de noirceur se détache un contraste entre le raffinement des arts et la brutalité du pouvoir religieux. Il saisit le lecteur comme il s’est emparé insidieusement des protagonistes quasiment à leur insu. Les personnages s’engagent sur des chemins déroutant pour eux-mêmes et ceux qui les observent.
Un jeu dangereux de « répulsion-séduction » s’instaure entre la raffinée et lettrée Léa de Montesa – issue d’une famille convertie au catholicisme – et l’ignoble et passionné d’art, Angel de la Cruz, bras armé de l’Inquisiteur Torquemada. N’aurait-il pas lui aussi en dépit des apparences une âme ? Léa à la sensibilité aiguisée le perçoit rapidement. Leurs relations en sont immédiatement affectées.

Dans ce climat trouble, l’art occupe une place de plus en plus centrale et s’immisce dans ce roman d’aventure.



PARIS PHILOSOPHE

LACOSTE JEAN

BARTILLAT
19,00 €

Paris est le temple de la philosophie. Elle règne en aristocrate dans les Hauts lieux qui lui sont traditionnellement dédiés accueillant les doctes, les universitaires, les professeurs, les étudiants. D’autres philosophes sont satisfaits d’exercer leur art ailleurs en marge des institutions.
C’est vers cet ailleurs disséminé dans la capitale et non estampillé que le philosophe Jean Lacoste nous emmène.
Paris au cours des temps fut un refuge accueillant dans des alcôves plus mystérieuses mais tout aussi savantes que la Sorbonne les chantres du libre exercice de la philosophie «hors les murs ».
Le XVIe arrondissement et sa rue d’Auteuil furent le siège de la Société d’Auteuil qui à son origine désignait le salon de Madame Helvétius – appelée Minette – qui réunissait au siècle des lumières les Esprits les plus libres : d’Alembert, Malesherbes, Chamfort.
La philosophe Simone Weil naquit rue de Strasbourg avant de suivre ses parents jusqu’au 37 Boulevard Saint-Michel. C’est au Lycée Henri IV – un de nos sanctuaires de la philosophie – qu’elle entra en Khâgne où elle suivi les cours d’Alain. Elle emprunta alors la voix royale et académique en intégrant la rue d’Ulm et en fréquentant la Sorbonne. Les lecteurs intéressés pourront continuer à découvrir son parcours normé dans Paris.
Les traces de ces marques d’indépendance sont nombreuses mais souvent effacées, invisibles, méconnues. Ce livre nous les révèle et nous introduit dans des cénacles parallèles non officiels où raison et liberté ont emménagé pour un temps.