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Nous avons lu et aimé

Nous avons lu et aimé

Nos impressions à partager avec vous, chers(ères) lecteur(trices).


GALLIMARD
19,50 €

Si vous pensiez que les mœurs littéraires se sont récemment délitées et que les intentions des frères Goncourt ont été perverties avec le temps l’essai de Thierry Laget vous détrompera ! Ce livre contribue – s’il en était nécessaire – à nous acclimater à l’idée que dans ce domaine de l’esprit où seuls romans et littérature devraient avoir droit au chapitre, les arrangements entre amis et les agissements des coteries valent plus que l’art littéraire. Les écrivains et les critiques y apparaissent à l’égal des autres mortels y compris ceux siégeant sous la coupole.
Miracle ! Les dix bien qu’influencés voir inféodés par des courants de pensées politiques ou philosophiques finissent malgré tous leurs tripatouillages par couronner des écrivains et des titres de valeur. Evidemment pas à tous les coups mais suffisamment souvent pour pérenniser l’existence d’une institution fondée en 1892.
Il en est ainsi le 10 décembre 1919 lorsque les membres du prix Goncourt récompensent Marcel Proust pour « A l’ombre des jeunes filles en fleurs ».
En nous racontant avec beaucoup de subtilités, d’humour et de précisions les circonstances qui ont prévalues à l’attribution du prix à Proust, Thierry Laget brosse un portrait réaliste et truculent de la vie littéraire parisienne. L’arrivée des prix littéraires s’avère le commencement d’une aventure pleine de suspens. C’est que le prix Goncourt est doté et qu’il aiguise bien des convoitises. Sa perspective suscite donc la conception de stratégies et l’agencement de manœuvres qui nous sont décrites par le menu et nous tiennent en haleine comme elles ont en leur temps réservé leurs lots de surprises.
Marcel Proust apparait curieusement un familier de ces mœurs malgré sa vie de retraite dictée par la maladie et les exigences du travail. L’écrivain se montre impliqué à faire connaître ses livres. En habile manœuvrier, il demeure en lien avec ses hérauts extérieurs, ses factotums qui lui servent d’observateurs et de leviers.
Je confesse volontiers que loin d’être déçu et effrayé par ces arrangements je m’en délecte certain que si le prix Goncourt de l’année ne récompensera peut-être pas l’histoire la plus passionnante du meilleur roman son attribution génèrera à coup sûr des tribulations passionnantes.
Que la vie littéraire serait morne et plate sans ses combinaisons qui habillent de mille feux des textes souvent plus pales que brillants. Il leur faut tous ses artifices pour que Paris et ses prix littéraires restent une fête à laquelle nous souhaitons participer.



UNE SAISON A HYDRA

HOWARD ELIZABETH JAN

TABLE RONDE
24,00 €

L’ile grecque d’Hydra au sud d’Athènes cernée par les eaux de la mer Egée est une terre où le voyageur arrive sans bagage. Il vient y chercher une réclusion volontaire, s’extraire du monde, reposer son esprit, libérer son corps offert aux bienfaits du soleil.
C’est le projet des protagonistes du roman d’Elizabeth Jane Howard publié la première fois en 1959. Les personnages et les situations sont imprégnées par l’esprit de l’époque et ce n’est pas le moindre des intérêts de ce livre pour le lecteur contemporain que de goûter à la nonchalance, à la lenteur et aux facilités offertes par les années cinquante à ceux qui semblent avoir réussi leur vie. Ils ont le don de nous charmer autant qu’ils nous agacent avec leurs manières un brun snob, leur élégance étudiée, leurs facilités financières. Une forme de sécurité dans la vie où tout semble facile et aisé. Mais lorsque le ciel devient immuable et sans nuage, la vie se transforme vite en une interminable monotonie. Rassurez-vous il n’en sera rien.
Car, la vie réserve aussi à ces gens-là des drames que le soleil ne peut réduire et que l’appartenance à une caste « aristocratique » n’efface pas. Peut-être peuvent-ils au mieux espérer que leurs blessures en sortent adoucies ?
Grâce à une approche psychologique très sensible E. Jane Howard pénètre le jeu ambigu des relations du couple formé par le dramaturge Emmanuel Joyce et son épouse Lilian constamment troublé par un intrus : l’assistant toujours présent ou la secrétaire élevée au rang de maîtresse et contrainte de souffrir en silence pour ses amours mal récompensées. Le lecteur devient comme hypnotisé par ces petits riens qui dictent la vie quotidienne, où les mensonges et les secrets sont comme acceptés mais blessent et finissent par enfler et prendre une place considérable.
L’écrivain explore simplement les tourments intérieurs de la femme trompée et de la mère en souffrance, de l’auteur dramatique chasseur de la petite phrase qui fera mouche, de la fascination des jeunes femmes pour les hommes plus matures eux-mêmes toujours éveillés par la sensualité des courbes graciles de la jeunesse.



VIDALINA

NAVARRETE WILLIAM

DU LUMIGNON
21,00 €

William Navarrete nous offre un long voyage à Cuba en compagnie d’Elba qui au long des 406 pages du roman se transforme en un guide zélé, féru de l’histoire son pays.
C’est qu’Elba entrevoit enfin une porte de sortie de la Caraïbe – cette région paradisiaque devenue une prison, un carcan l’empêchant de partir rejoindre ses enfants exilés. En effet, elle a entendu dire que l’Espagne offrira sa nationalité à tous les cubains qui seront en mesure d’apporter la preuve de leur filiation avec un ressortissant du pays.
 Dans un mouvement contradictoire et déchirant Elba va s’acharner à partir à la recherche du parcours de vie de ses aïeux pour tenter de démontrer leurs liens avec l’Espagne. Mais plus Elba creuse, plus ses liens charnels avec sa terre s’épaississent, plus ses racines l’agrippent à ses ancêtres et moins son départ sera facile à vivre. Le lecteur ressent que quel que soit l’issue de son enquête Elba restera viscéralement liée à son pays d’origine en dépit de ses misères quotidiennes, de ses tracasseries administratives ou de ses restrictions de libertés.
Ce voyage, c’est la possibilité pour Elba et le lecteur de découvrir les paysages si variés et colorés de Cuba, les usages en cours ou périmés des villes et régions traversées, les croyances et les mythes qui dictent les comportements. C’est également le moyen de ressentir les tempéraments vibrants et si marqués de ses aïeux. Ces petites histoires familiales se glissent dans la grande histoire des relations diplomatiques de Cuba avec le restant du monde.
Ce voyage mémorial est une forme de mélodrame qui tantôt nous fait rire tantôt nous serre le cœur mais nous tient en haleine d’une bout à l’autre.
 « Nancy Mitford, la dame de la rue Monsieur » de Jean- Noel Liaut, Editions Allary,



ALLARY
21,90 €

L’écrivain Nancy Mitford appartient à cette caste aristocratique de familles anglaises ébouriffées par un vent de folie qui leur tourne la tête, les déboussole, les agite et finit immanquablement par nous décoiffer par son tourbillon et nous les rendre malgré les débordements attachantes. Elles ont en commun d’être affectées par un virus composite mêlant un subtil équilibre entre talent et excentricité. Ce que l’on pourrait a priori qualifier d’anormalité quasi congénitale se métamorphose heureusement en un indéniable charme. Jean-Noël Liaut y a totalement succombé. Il nous entraîne de sa plume alerte à lui emboiter le pas.
Il ne restait jusqu’à aujourd’hui dans nos fragiles mémoires oublieuses que l’empreinte du nom de la femme de lettres. Il y a désormais l’irrésistible envie de lire ses écrits, de se plonger dans ses romans baignés d’histoires familiales à peine travesties, d’enrichir sa bibliothèque de « l’amour dans un climat froid », de « Charivari » ou encore de « Christmas pudding » et de quelques autres titres possiblement trouvables en librairie. La biographie de Nancy Mitford est une formidable entrée en matière doublée d’un excellent moyen de reconstituer la toile de fond sociale et familiale qui servit de trame aux écrits de notre anglaise.
Les sœurs Milford malgré leurs divergences de point de vue – Nancy la francophile, Diana et Unity engagées sur les voies du fascisme tandis que Jessica fraie avec le communisme – formèrent un clan dont le lecteur découvre que beaucoup de leurs comportements semblent avoir été dictés par les passions. Voilà qui rend encore plus piquant la lecture des vies de nos belles et distinguées aristocrates bien que leurs choix soient indéniablement contestables.
Notons enfin que ce livre nous apprend beaucoup sur la vie littéraire parisienne que Nancy Mitford anima dans le Paris des années 50 !



PLON
27,00 €

L’exemple de ces hommes et de ces femmes que nous nommons les saints constitue pour nous un témoignage précieux de ce que vivre à la suite du Christ signifie.
 Ce dictionnaire est bien plus qu’un travail d’érudition. C'est pour son auteur une étape supplémentaire et complémentaire de son cheminement spirituel.
Comme l’affirme Christiane Rancé « il était normal que je revienne à la question, que je complète le tableau vivant, mouvant et enthousiasmant de tous ces héros de la condition sur-humaine qui se sont tous reconnus dans Jésus ».
« Les saintes et les saints portent une joie qui est l’insolence suprême. Comme ils ne doutent pas de Dieu, ils ne doutent pas que toute vie soit digne d’être aimée, ni que le monde soit digne d’être sauvé. Cette attitude fait d’eux mieux que des rebelles – des insoumis majeurs, des sentinelles de l’avenir. Ils portent en nous, infiniment, l’espérance du paradis ».
Telles sont quelques-unes des motivations de Christiane Rancé pour nous livrer ses 700 pages consacrées aux saints, à la sainteté, à ceux qui la vivent ou en parlent.
Les nombreux articles de ce dictionnaire sont principalement dédiés aux saints mais pas uniquement. Il y est question d’humour, de la Bretagne, de Châteaubriand ou de Oscar Wilde évoquant la sainteté dans son De profondis.
Le lecteur peut y passer des heures ou consulter rapidement un article, il y trouvera toujours une source d’inspiration et de méditation.



MEDIASPAUL
14,00 €

Voici un livre qui dérange nos chemins traditionnels de vie spirituelle vers la Sagesse biblique – Sophia – en bousculant la représentation masculine de Dieu. Si cette représentation domine bien dans la Bible, elle est loin d’être exclusive comme le démontre Christophe Gripon en faisant référence aux nombreux passages où la Sagesse est évoquée. Partant du constat que « l’importance de la beauté féminine dans la quête de Dieu n’est pas suffisamment honorée », l’auteur souhaite « célébrer la face féminine de Dieu qui se reflète dans la beauté du Christ ».
 Mais, Il est vrai que chez les catholiques « la question de l’attraction amoureuse est assez taboue » et que « le désir humain et le féminin ont souvent été diabolisés ». Pourtant l’auteur nous invite à lire l’Encyclique de Benoît XVI « Deus caritas est » où la dimension érotique est valorisée dans la relation à Dieu.
Son paragraphe 5 est explicite : « l’éros veut nous élever en extase vers le Divin, nous conduire au-delà de nous-mêmes, mais c’est précisément pourquoi est requis un chemin de montée, de renoncements, de purifications et de guérisons ».
En entreprenant ce travail de bibliste, Christophe Gripon rejoint une intuition ou une expérience que nous avons pu à un moment ou un autre éprouver dans notre relation à Dieu. Sophia est d’une beauté et d’une grâce attirante et les textes bibliques qui en parlent utilisent le vocabulaire de l’amour créant ainsi une puissante tension.