Vous n'êtes pas connecté


Nous avons lu et aimé

Nous avons lu et aimé

Nos impressions à partager avec vous, chers(ères) lecteur(trices).


GALLIMARD
16,50 €

« Le monastère est pourpre. L’automne a lancé sur le cloître et la maison de l’évêque ses longues draperies de vigne vierge, elles mordent les génoises et retombent en pluie de sang devant les sept fenêtres de chaque étage. Seule la chapelle reste blonde et fière au pied de la colline ».
La phrase d’ouverture du bref roman de René Frégni est une invitation à se laisser conduire dans le monastère cistercien de Ségriès en Provence. Si les moines l’ont déserté, ses pierres témoignent encore de la spiritualité de ceux qui y vécurent. Sa disposition est vouée aux déambulations des occupants et favorise leurs méditations.
Le narrateur, gardien des lieux, s’y fond avec bonheur et y retrouve l’inspiration. L’atmosphère des terres chaudes de la Provence entre Riez et Moustiers-Sainte-Marie, les bruits et les couleurs de la nature éveillent instinctivement son désir d’écriture un temps émoussé.
Sa solitude apparente est en réalité habitée par l’histoire des lieux et la richesse polychrome des décors. A ses côtés apparaît une compagne : Solex – petite chatte – complice. Elle ressent l’humanité débordante de celui qu’elle élit comme son maître et partage son amour pour la nature.
Les livres et l’écriture occupent une place primordiale dans ces pages dont le récit met en lumière un couple de libraires, passeurs épris par leur vocation.



GRASSET
20,90 €

     Marcel Proust fut à ce point touché par la Sonate de Vinteuil qu’il fit de son compositeur un personnage de la Recherche.
     L’écrivain en esquissa dans son œuvre le portrait mais n’en écrivit jamais la vie comme Stendhal le fit pour Rossini.
Le vide est désormais comblé et les interrogations qui ont pu naître à la lecture de Proust trouvent désormais leurs réponses dans l’essai biographique que Jérôme Bastianelli, Président de la Société des Amis de Marcel Proust, collaborateur de la Revue Classica, et Directeur Général du musée du Quai Branly vient de lui consacrer.
     Le compositeur apparait dans cette biographie, en dépit d’une modestie assumée, comme un musicien avant-gardiste ayant inspiré nombre de ses contemporains devenus bien plus célèbres que lui.
     Georges Vinteuil (1817-1895) s’il traversa le XIXe siècle sur la pointe des pieds y laissa tout de même ses empreintes. Elles viennent de servir de points de repère à notre auteur musicologue et historien.
Comme en atteste l’analyse musicale savamment déployée par Jérôme Bastianelli, les compositions de Vinteuil inspirèrent les plus grands noms de la musique.
     Ainsi, le lecteur croise Gounod, Fauré, Saint-Saëns, Franck, Tchaïkovski, Wagner et quelques autres. Une époque se dessine sous nos yeux et nos oreilles entendent les harmonies romantiques se croiser sans trop de fracas. Les mœurs sociales, politiques et bien évidemment musicales s’animent en tournant les pages.
     Nous voilà pressés d’ouvrir nos encyclopédies et courroucés de n’y voir point figurer le nom du compositeur Georges Vinteuil.
Rassurez-vous, rein d’étonnant ! Ce livre est une blague mais une blague sérieuse et passionnante.
     Si toutes les informations relatives aux noms tirés de l’histoire y sont rigoureusement exactes, seule la vie de Vinteuil est purement imaginaire.



ACTES SUD
35,00 €

     Jean-Michel Othoniel sculpteur inspiré, amoureux des fleurs, des jardins et du Louvre compose un livre objet soigné, intelligent et séduisant. Il arrive légèrement en avance sur le printemps mais sa lecture sèmera tout autant d’émotions que l’observation attentive de la floraison des plantes de nos jardins, projettera tout autant de puissance olfactive qu’une inspiration dans ses allées parfumées et invitera avec délicatesse à mesurer la dimension sacrée de la création naturelle ou travaillée.
     La simplicité de l’ouvrage souligne le subtil arrangement des fleurs représentées où les plis si naturels de leurs vêtures semblent le fruit d’une savante composition. Les fleurs sont toutes glanées dans les allées du musée du Louvre parmi les chefs-d’œuvre qui y vivent.
     L’auteur précise : « Plus de cinq mille œuvres dont les notices contiennent le mot “ fleur ” ont été recensées par les différents conservateurs. Des millions de végétaux ont été peints, dessinés ou sculptés, couvrant plus de huit mille ans d’histoire ».
     Ce livre est un chemin pour regarder autrement les œuvres du musée du Louvre, les découvrir dans leurs détails fleuris.



GALLIMARD
22,00 €

Le roman de Jean-Christophe Ruffin nous entête rapidement d’une mélodie créée par le rythme des mots où les pas de deux protagonistes – Edgar et Ludmilla – forment une danse, un ballet, une ritournelle dont rien ne semble pour avoir empêché le sempiternel recommencement. Pourtant soyez-en certain, rien ici n’invite à la monotonie, rien ne sert l’ennui, bien au contraire ! Seul le rite est perpétué. C’est le tourbillon de leurs vies à deux, unique et 7 fois recommencé. Un cercle qui pourrait être vicieux mais qui à bien y réfléchir ne l’est pas tant que cela, quasiment une vertu, une recette, un filet pour éviter les trébuchements de la vie de couple.
Immédiatement ressurgissent les paroles de la chanson popularisée par le film de François Truffaut « Jules et Jim ». Ecrite par Serge Rezvani, « Le tourbillon » fut interprétée par Jeanne Moreau :
« On s’est connu, on s’est reconnu
On s’est perdu de vue, on s’est reperdu de vue
On s’est retrouvé, on s’est réchauffé
Puis on s’est séparé… ».
Le titre du dernier roman de l’académicien est sans ambiguïté : Ludmilla et Edgar vont s’aimer et se marier 7 fois. Le lecteur est 7 fois l’invité des noces qui prennent des formes bien différentes selon les lieux, les circonstances et les époques.
La rencontre de ces deux-là en Ukraine dans l’URSS de l’après-guerre est une véritable collision tant elle apparait à la fois improbable et inévitable quand on connait son issue. C’est un choc des cultures entre Ludmilla la paumée soviétique voulant à tout prix quitter son village et Edgar le paumé français – pseudo artiste photographe – qui se cherche et ne sait pas encore qu’il est sur le point de s’accomplir avec celle qui l’imprégnera totalement.
Une fois qu’Edgar aura délivré Ludmilla le reste du monde s’ouvre à ce couple qui s’empresse de se marier. C’est la condition sine qua non de leur liberté.
L’époque parfaitement restituée – les années 50 et 60 – autorise les expériences, les tâtonnements, les réussites fracassantes, les échecs retentissants. Ils connaitront les deux, les sommets de la gloire et de la réussite, les gouffres de l’indigence, les errements issus de leurs recherches et de leurs provocations.
Mais leurs vies se concentrent autour de leur impossibilité pathologique à vivre ensemble contrebalancée par leur absolu empêchement à vivre séparément. Il leur faut alors inventer un rite, un modus vivendi pour consommer leur embrasement amoureux sans se consumer.
Le lecteur est emporté par le tourbillon de leurs vies, dans les coulisses des plus grandes scènes d’opéra et les mystères de la voix, les secrets de la bibliophilie, les terres d’Amérique ou d’Afrique du Nord. Pas un moment de répit dans ce récit passionnant à l’image du sentiment qui habite ses protagonistes.



L'ART DE RANGER SES DISQUES

BLANCHET/BEGHIN

Rivages
12,50 €

Je ne pouvais garder pour moi l’existence de ce petit livre qui vous rendra probablement de grands services.
 L’art de ranger est une chose sérieuse qui vous évitera ainsi qu’à vos proches biens des crises de nerfs.
Selon l’un des plus grands collectionneurs : « Si on veut sérieusement collectionner les disques la première des choses à faire est de bien choisir son principe de classement. Après, il sera très difficile de revenir en arrière ».
Soyons sérieux mais jamais ennuyeux surtout quand il s’agit de musique ! C’est l’esprit dans lequel ce livre est écrit. Il est accompagné de témoignages qui font pénétrer le lecteur dans l’univers intime de ces mélomanes et accéder à leurs goûts et astuces. Ian Rankin ne range rien, le batteur du groupe Noir Désir – Denis Barthes – range ses disques à la fois par ordre alphabétique et par genres tandis que Yann Orhan (réalisateur de pochettes de disques) les range par genres.
Le livre s’articule en deux grandes parties : le classement et le rangement, car toute idée qui ne peut trouver à s’appliquer perd de sa valeur. Il faut bien pouvoir accéder à ses disques, n’est-ce pas le préalable à tous les plaisirs !
Mais quand vous croyez enfin être arrivé au bout de vos peines, que vous pensez avoir trouvé le bon classement et organisé le rangement voilà que nos deux auteurs nous mettent en garde contre des ennemis qui risquent d’anéantir nos efforts : la chaleur, l’humidité, les enfants, les animaux domestiques etc…
Ne désespérez pas et venez à la librairie Saint-Paul vous offrir en même temps que « l’art de ranger ses disques » l’un des 4 superbes enregistrements de Debussy (Préludes du 1er livre, Estampes avec Javier Perianes / ; Suite bergamasque avec Nikolai Lugansky / Les 3 sonates puis Harmonies du soir).
Dernier mérite de cet essai : il prouve qu’il reste quelques écouteurs et collectionneurs de CDs et disques vinyles.



GALLIMARD
19,50 €

Si vous pensiez que les mœurs littéraires se sont récemment délitées et que les intentions des frères Goncourt ont été perverties avec le temps l’essai de Thierry Laget vous détrompera ! Ce livre contribue – s’il en était nécessaire – à nous acclimater à l’idée que dans ce domaine de l’esprit où seuls romans et littérature devraient avoir droit au chapitre, les arrangements entre amis et les agissements des coteries valent plus que l’art littéraire. Les écrivains et les critiques y apparaissent à l’égal des autres mortels y compris ceux siégeant sous la coupole.
Miracle ! Les dix bien qu’influencés voir inféodés par des courants de pensées politiques ou philosophiques finissent malgré tous leurs tripatouillages par couronner des écrivains et des titres de valeur. Evidemment pas à tous les coups mais suffisamment souvent pour pérenniser l’existence d’une institution fondée en 1892.
Il en est ainsi le 10 décembre 1919 lorsque les membres du prix Goncourt récompensent Marcel Proust pour « A l’ombre des jeunes filles en fleurs ».
En nous racontant avec beaucoup de subtilités, d’humour et de précisions les circonstances qui ont prévalues à l’attribution du prix à Proust, Thierry Laget brosse un portrait réaliste et truculent de la vie littéraire parisienne. L’arrivée des prix littéraires s’avère le commencement d’une aventure pleine de suspens. C’est que le prix Goncourt est doté et qu’il aiguise bien des convoitises. Sa perspective suscite donc la conception de stratégies et l’agencement de manœuvres qui nous sont décrites par le menu et nous tiennent en haleine comme elles ont en leur temps réservé leurs lots de surprises.
Marcel Proust apparait curieusement un familier de ces mœurs malgré sa vie de retraite dictée par la maladie et les exigences du travail. L’écrivain se montre impliqué à faire connaître ses livres. En habile manœuvrier, il demeure en lien avec ses hérauts extérieurs, ses factotums qui lui servent d’observateurs et de leviers.
Je confesse volontiers que loin d’être déçu et effrayé par ces arrangements je m’en délecte certain que si le prix Goncourt de l’année ne récompensera peut-être pas l’histoire la plus passionnante du meilleur roman son attribution génèrera à coup sûr des tribulations passionnantes.
Que la vie littéraire serait morne et plate sans ses combinaisons qui habillent de mille feux des textes souvent plus pales que brillants. Il leur faut tous ses artifices pour que Paris et ses prix littéraires restent une fête à laquelle nous souhaitons participer.