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Nous avons lu et aimé

Nous avons lu et aimé

Nos impressions à partager avec vous, chers(ères) lecteur(trices).


LES RACINES DU CIEL

GARY ROMAIN

GALLIMARD
9,00 €

Ce roman bien que publié en 1956 est malheureusement toujours d’actualité, mettant en avant la protection de la nature et celle des animaux, en particulier les éléphants d’Afrique.
Nous sommes après la seconde Guerre Mondiale au Tchad et suivons Morel ancien résistant qui prend la défense des éléphants de l’Afrique-Équatoriale française qui sont massacrés par milliers pour leur viande et leur ivoire par les colons blancs.
Il va y avoir de nombreux rebondissements bien sûr pour Morel suspecté par l’URSS d’être un agent double voulant semer le trouble.
Différents témoignages de personnages vont nous faire découvrir la personnalité de ce « héros » et nous révéler un homme joyeux, idéaliste, se battant pour la liberté de l’humanité.
Un roman puissant, incontournable, comme les autres romans de Romain Gary que nous pouvons retrouver dans les 2 tomes que vient d’éditer Gallimard dans la collection de la Bibliothèque de la Pléiade et en édition Folio.



L'ILE AUX ENFANTS

BOIS ARIANE

BELFOND
19,00 €

    Des parents trompés, de jeunes enfants kidnappés et emmenés loin de chez eux pour repeupler des régions en mal de population. « Pas de fratrie au même endroit. Je ne fais qu’appliquer la consigne, moi ! » « Voyez celui-là comme il est grand » « Tâte ses biceps, c’est du costaud ».
    Non, ce n’est pas une histoire de trafic d’enfants organisé par une mafia quelconque ; nous ne sommes non plus ni au XVIIème siècle, ni dans la Russie stalinienne mais bien en France il y a quelques décennies, au cœur d’un système organisé officiellement… Dans un roman très documenté et écrit de manière enlevée, dans des pages où l’émotion qui affleure rend la vérité encore plus forte et plus évidente, Ariane Bois décrit et dénonce un scandale d’État : durant les années 1960 et 1970, le gouvernement français a organisé le « rapatriement » d’environ 2000 enfants réunionnais vers la métropole ; il souhaitait ainsi lutter contre la surnatalité de l’île et résoudre les problèmes de désertification de certaines campagnes, principalement dans le département de la Creuse. Les parents étaient trompés et la souffrance des enfants déracinés occultée et niée.

    À travers Pauline et sa petite sœur Clémence, l’auteure nous fait découvrir cette détresse des enfants et les silences et complicités qui entouraient ce projet scandaleux. Puis, dans une deuxième partie, elle nous fait vivre de manière intense, dans un style conjuguant émotion et retenue, la quête de la fille de Pauline pour retrouver des racines douloureusement enfouies au tréfonds de la mémoire. « Je réunis mes racines » dira Pauline.

    N’hésitez pas, pendant vos vacances, à ouvrir ce roman qui contribue à nous ouvrir les yeux. Dès les premières pages et jusqu’à la fin, nous sommes pris par l’histoire : très bien écrit, le livre se lit en effet presque comme une enquête policière, émouvante et palpitante. En nous faisant découvrir le destin tragique de ces enfants déracinés et un épisode peu glorieux de l’histoire récente de notre pays, il nous montre en même temps la force des liens du sang et du souvenir.



MAGELLAN

ZWEIG-S

LGF/Livre de Poche
7,30 €

    En route vers l’Amérique du sud sur un paquebot un peu trop confortable, Stefan Zweig s’ennuie et pense aux dures conditions des voyages des temps jadis et aux hommes qui bravaient les tempêtes, l’inconnu et une mort fort probable pour partir à la découverte de nouveaux mondes ou à la quête plus terre-à-terre de nouvelles richesses ; il a alors l’idée de cette odyssée : celle du premier voyage autour du monde, initié en 1519 par le portugais Magellan. « Il existe un passage conduisant de l’Océan Atlantique à l’Océan Indien. Donnez-moi une flotte et je vous le montrerai et je ferai le tour de la terre en allant de l’est à l’ouest ». Charles Quint, roi d’Espagne, finit par accepter ce projet fou : trouver la route vers les Îles des Épices en passant par l’Ouest. Les difficultés qui jalonnent l’entreprise avant le départ puis au cours du long périple ne viennent pas à bout de la détermination de Magellan. Comme nous l’avons tous appris en cours d’histoire, 18 hommes de son expédition reviendront à Séville, leur point de départ, trois ans plus tard – sans Magellan, mort de manière absurde aux Philippines – mais en réalisant son rêve et en le faisant entrer dans l’Histoire.
    Vous connaissez certainement le talent littéraire de Stefan Zweig : si vous n’avez pas encore lu ce livre, n’hésitez pas ! L’auteur nous entraîne dans une biographie qui se transforme en un formidable roman d’aventures et dresse en même temps un portrait saisissant de l’Espagne et des conditions de vie sur les navires du début du XVIème siècle. Ce roman est également un hommage à tous ceux qui, malgré les obstacles et les dangers, ont tenu bon face aux adversités, ont cru à leur intuition initiale et ont ainsi œuvré pour le progrès de toute l’humanité. Une idée animée par le génie et portée par la passion est plus forte que les éléments réunis.



L'ALLURE DE CHANEL

MORAND PAUL

GALLIMARD
7,40 €

Le portrait de Coco Chanel écrit par Paul Morand se calque sur l’élégance et la sobriété provocante des lignes crées par la couturière. Ils ont la même allure, l’allure chanelle !
Ouvrir ce livre c’est s’offrir le luxe de pénétrer par la grande porte dans une époque où les arts se côtoient, se parlent et où les artistes semblent par-delà leur discipline contribuer à une œuvre commune.
 Evoquer ainsi Coco Chanel, à la façon Morand, c’est lui donner un souffle de vie supplémentaire, lui redonner une parole où les mots aux galbes si élégamment taillés piquent l’esprit tout en charmant les yeux. La surprise est divine puisque les années n’ont fait que renforcer la pointe de ses pensées.
L’enfance prime et pèse sur la jeune-fille. Elle lui assurera une trompeuse légèreté dans sa vie de femme, de celle donnée à ceux qui dépassent l’épreuve. Elle forme son tempérament bien trempé et éduque ses sens en les frottant au monde qui l’entoure pour les discipliner et les sertir comme l’ont pratique avec une pierre précieuse afin qu’elle rende toute sa profonde luminescence.
Coco Chanel y puise sa volonté absolue de réussir, sa force de travailler sans répit à son dessein.
Le lecteur découvre son goût immodéré pour la lecture dont l’abus ne nuit pas et croise Cocteau, Diaghilev, Missia Sert et tant d’autres de ses amis qui sont devenus nos compagnons sur les rives des courants artistiques aux souvenirs vivaces.
Ce livre permettra aux hommes de mieux connaitre les femmes et aux femmes de mieux se reconnaître.



LES MEANDRES DU NIL

SOLE ROBERT

SEUIL
19,50 €

La passion pour l’Egypte ne cesse de donner du fruit ! A Paris cette année la Villette propose une exposition consacrée au onzième Pharaon de la dix-huitième dynastie : Toutântkhamon.
Les livres suscités par cette egyptomania font légion. Parmi ceux-ci je vous conseille le roman « Les méandres du Nil » dont l’auteur me semble disposer d’une véritable légitimé pour évoquer les liens franco-égyptiens puisque bien que français il est né au Caire.
Ce roman aux allures estivales n’en comporte pas moins une masse d’informations passionnantes relatives à l’expédition que la France mena pour aller chercher son tribu au début des années 1830, cadeau accordé à la France après les travaux de Champollion et les conquêtes napoléoniennes.
Ce cadeau c’est l’obélisque de Louqsor élevé d’un seul bloc il y a 32 siècles afin de rendre hommage à Ramsès II.
« Deux fois en trente ans avec Bonaparte puis avec Champollion, la France a fait la conquête intellectuelle de l’Egypte. Ce n’était pas assez elle avait besoin d’un témoignage de granit qui put parler aux yeux de la postérité ».
Le lecteur embarque sur le Louxor spécialement affrété à cette fin et se lie rapidement à son équipage dont il suit pas à pas les aventures.
Cependant la France peut-elle savourer tranquillement son triomphe en regardant son trophée ? Peut-elle afficher sa suprématie tout en s’exonérant de tout questionnement sur sa mainmise – ô combien couteuse – d’un monument historique déraciné avec l’aval des autorités mais sans l’assentiment d’un peuple encore inconscient de ce qu’est son patrimoine.
 Alors que les intrigues romanesques se tissent, l’écrivain installe un subtil parallèle entre l’Egypte et la France. D’un côté, la France forte de ses nouveaux idéaux révolutionnaires laisse son peuple dans la misère et s’érige en nation messianique bien que n’arrivant pas à trouver la stabilité institutionnelle. Les dépenses engagées pour l’expédition aux buts discutables apparaissent somptuaires et la France adopte une attitude outrée par le sort réservé au peuple égyptien.
De l’autre l’Egypte malgré les enseignements d’une civilisation si ancienne et si riche n’a pas conscience de son patrimoine et ne sait donc le préserver. Elle vit sous le règne d’un régime où la valeur de l’homme est méprisée.



L'AMOUR EST AVEUGLE

BOYD WILLIAM

SEUIL
22,00 €

Les prémices de l’été m’incitent à évoquer le dernier roman d’aventures de l’écrivain « so british » William Boyd. Il vous fera passer un excellent moment de détente au domaine de la littérature.
Les aventures en question sont nombreuses et variées. Elles passionnent le lecteur de bout en bout qui s’intéressent tout autant à l’amour dévorant du jeune Brodie Moncur pour la musique, en particulier pour le piano qu'à son amour pour Lika, la superbe cantatrice russe !
 L’oreille absolue dont Brodie est doté en fait un homme recherché voir indispensable pour les musiciens. Ce n’est pas le moindre de ses attraits qui lui permettra de quitter la sombre et plate ville d’Edimbourg en Ecosse pour un Paris étincelant avant de s’engager dans un vaste tour des grandes capitales européennes où la musique règne sans partage en cette fin du XIXème siècle.
William Boyd nous immisce dans ce siècle des virtuoses du piano où Chopin, Liszt, Zimmerman accompagnés par quelques autres remplissent les salles de concert, donnent à prix d’or des leçons aux femmes bien nées tout en n’oubliant pas de les séduire et en animant leurs Salons. Il y est également question des progrès de la technique musicale si indispensable à l’interprétation ou de la concurrence des grandes fabriques de pianos - Pleyel, Erard… - avec les pianos anglais Channon dont nous suivons l’installation sur le marché.
William Boyd nous guide également à travers une Europe où les villes sont de véritables théâtres de l’histoire des arts vivants. C’est évidemment la ville de Vienne mais aussi Trieste ou Genève. Joignez-vous à cet agréable voyage !