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Nous avons lu et aimé

Nous avons lu et aimé

Nos impressions à partager avec vous, chers(ères) lecteur(trices).


ROBERT LAFFONT
34,00 €

        Mort le 3 novembre 1917, nous célébrons cette année la mémoire de l’écrivain Léon Bloy. Nous l’avions cru disparu, je peux vous affirmer qu’il n’en est rien.
        La remarquable collection Bouquins avait déjà contribué à ce qu’il en soit ainsi en publiant en 1999 son journal en deux volumes. Cette année ce sont les essais et les pamphlets que la collection réunit accompagnés d’une préface très éclairante du Père Augustin Laffay (Dominicain) et d’un appareil critique indispensable.
        Il est vrai qu’en cultivant l’outrance et en développant des talents de polémiste et de pamphlétaire, Léon Bloy s’est enfermé dans une coquille qui ne reflète que bien infidèlement l’homme, l’écrivain, le penseur.
        Sans affirmer la sainteté de l’écrivain, Léon Bloy mérite d’être lu et découvert dans sa ferveur de catholique.
        C’est désormais chose possible avec ce volume qui réunit entre autres textes : « Propos d’un entrepreneur de démolitions », «Léon Bloy devant les cochons », « Je m’accuse », « Belluaires et porchers », « Le sang du pauvre », « Le Salut par les Juifs », « Méditations d’un solitaire en 1916 »…
        Cette année bien d’autres titres, très précieux, paraissent à propos de Léon Bloy. Citons, mais nous y reviendrons, deux essais : « Jean et Léon Bloy » écrit par Natacha Galpérine-Gillès de Pélichy publié aux éditions Cerf et « Le Salut par les Juifs » de Léon Bloy précédé d’une introduction de Michael de Saint Chéron publié chez Salvator.



LE DEJEUNER DES BARRICADES

Dreyfus Pauline

Grasset
19,00 €

        Connaissez-vous le prix littéraire Roger Nimier ?
        Pauline Dreyfus nous raconte avec une élégante ironie et un humour parfaitement retenu comment il fut décerné en mai 1968 au jeune écrivain Patrick Modiano pour son roman « Place de l’Etoile » dans le somptueux Hôtel Meurice de la rue de Rivoli.
        Mais ce n’est peut-être qu’un prétexte non futile et bien passionnant pour décrire comment on vit une révolution dans un Palace parisien où le personnel a pris le pouvoir se dégageant de l’observance des traditions et des oukases de la direction.
        Organisé par et sous l’égide de Florence Gould, mécène bien plus préoccupée par les convenances du protocole et le menu qui sera servi que par les questions purement littéraires, le prix pourra-t-il être décerné malgré l’effervescence estudiantine ? Les membres du jury – Antoine Blondin, Jacques Chardonne, Marcel Jouhandeau, Paul Morand braveront-ils l’ire des étudiants pour venir siéger ?
        Après un suspens très soutenable et fort drôle, le lecteur comprend que Paris restera Paris ce 22 mai 1968 et que la mémoire de Roger Nimier sera bien honorée !
        C’est déjà depuis l’Hôtel Meurice que le Gouverneur militaire de Paris – Dietrich Von Choltitz – renonça à exécuter l’ordre monstrueux donné par Hitler de détruire les monuments de la capitale. Alors, comment imaginer que ce quarteron d’écrivains auraient pu se porter pâle !
        Un moment délicieux de lecture.



UNE JEUNESSE DE MARCEL PROUST

BLOCH-DANO EVELYNE

Lgdj
19,50 €

Le questionnaire de Proust – arrangé, modifié, détourné – connaît un succès considérable. Une forme de jeu psychologique et littéraire auquel beaucoup des personnages du monde culturel s’adonnent avec plaisir.
Des ouvrages ont paru à ce sujet mais en rien semblables à l’enquête précise et précieuse à laquelle Évelyne Bloch-Dano vient de se livrer et dont elle nous donne les conclusions dans cet essai.
Au commencement, l’auteur rappelle à juste titre que le questionnaire ne fut pas rédigé par Marcel Proust. Il est tiré d’un album intitulé Confessions appartenant à la fille du Président de la République Félix Faure.
Quel regard poser sur les réponses données par Marcel Proust adolescent ? Quels analyses, comparaisons, commentaires porter à ce sujet ?
C’est avec tout le sérieux et l’érudition nécessaires qu’Évelyne Bloch-Dano tire les fils des réponses au point d’en tisser sous nos yeux un panorama de la jeunesse au temps du Marcel Proust (1871-1922) adolescent. Les milieux sociaux, le contexte politique et culturel avec l’affaire Dreyfus et la Belle Époque sont parfaitement mis en scène.
L’ensemble nous apporte un éclairage jusqu’ici inédit et de valeur.



L'art de la Bible

Doyle Kathleen

Citadelles et Mazenod
89,00 €

Voici un luxueux ouvrage mettant à notre disposition une sélection de bibles tirées du fonds de la British Library inaccessibles à la plupart d’entre nous parce que conservées dans cette bibliothèque réservée aux chercheurs. Ces manuscrits richement et abondement enluminés ont été réalisés à partir du Haut Moyen-âge jusqu’à une phase avancée des Temps modernes. Leur grande valeur explique le soin déployé au cours des ans afin de les conserver si précieusement.
La Bible n’a jamais cessé d’inspirer les artistes comme en témoignent ces manuscrits qui sont autant de réalisations entièrement manuelles qui exigèrent de la part des artistes d’y consacrer un nombre d’heures considérable.
Afin de saisir et goûter au mieux ces trésors, ce livre propose une vaste introduction expliquant ce que représentent la bible, les techniques utilisées et les matériaux requis pour y parvenir. Une bibliographie sélective figure en fin de chaque monographie à quoi s’ajoutent quelques suggestions de lecture en fin d’ouvrage.
Ici, ce sont 44 exemples plus captivants les uns que les autres qui sont réunis.
Vous y trouverez par exemple le Psautier Vespasien, le Psautier de Lothaire ainsi que le remarquable Psautier de la Reine Marie qui contient pas moins de 1000 dessins et peintures. Mais aussi un Evangéliaire Syriaque, la Bible historiale de Charles V (roi de France de 1364 à 1380) et de Charles de France (jeune frère de Louis XI).



HEUREUX LES SERVITEURS

PATIER, XAVIER

CERF
16,00 €

Dans un récit aussi passionnant que terrifiant de vérité Xavier Patier raconte l’aventure de la Communauté charismatique du Chêne de Moré fondée en 1980 sise dans l’ancienne abbaye de Saint Flour en Charente Maritime.

Crée au VIIème siècle par le moine Flonius, seuls les murs de l’abbaye abandonnée témoignent encore sur ces terres désertées de la présence de Dieu dans une France aussi décrépite que déchristianisée quand sonne l’heure du renouveau.

Selon Xavier Patier à la fin du règne de Valéry Giscard d’Estaing « l’Eglise de France vivait dans un déclin tranquille. La prospérité à peine épargnée par la première crise pétrolière avait instauré dans les villes moyennes une forme d’ennui qu’aucun danger, qu’aucune imprévision ne venait atténuer. Il n’y avait pas de chômage et le Sida n’existait pas ».

Au cœur de cette somnolence douillette mais ennuyeuse la vie du couple de Gilbert et Solange vire brusquement de direction. A l’appel de l’Esprit Saint ils jettent par-dessus bord leurs habitudes de petits bourgeois nantis pour fonder une communauté charismatique.

Gilbert chef de la Communauté devient Manassé en référence au nom des 12 tribus d’Israël. Porté par l’effusion de l’Esprit Saint, il déborde d’énergie et fédère autour de lui un grand nombre de disciples exagérément disciplinés. Les énergies se multiplient, les charismes se déchaînent au point d’attirer rapidement aux Offices –divinement chantés – plusieurs centaines de fidèles soulevés par « une Evangélisation performante » qui prend la forme d’une « start-up spirituelle » ! Les miracles se multiplient et gorgent d’une manne financière les comptes du « Berger » Manassé qui dégoulinent de zéros.

En deux ans Manassé fonde deux autres communautés et prend une dimension internationale. L’Eglise passe de la léthargie à l’euphorie et les autorités sont peu méfiantes. Elles manquent de discernement et sont abusées.

Manassé se prend pour le Christ et devient un chef dont on ne peut rapidement plus discuter les nombreuses décisions notamment d’investissements financiers le plus souvent adoptées unilatéralement.

Les jeunes filles adolescentes et fragiles sont troublées par la moite promiscuité des entretiens récurrents menés par leur guide spirituel « beau et large d’épaules ». Elles deviennent des proies faciles. Les exigences d’une vie communautaire saine se dérèglent.

« A force de confondre des ordres différents, le spirituel et le psychologique, le financier et le moral, le hiérarchique et le fraternel, la séduction et le commandement, Manassé avait pris une emprise malsaine sur les êtres ».

En quelques années les membres de la communauté, les fidèles, les observateurs extérieurs passent de l’émerveillement à l’effarement. Eblouis par le trop beau ils comprennent trop tard leur égarement et s’étonnent d’avoir confondu mirages soixante-huitards et exigences de l’Evangile.

Le basculement de siècle emporte avec lui la Communauté ruinée et vidée de ses fidèles. Seule une poignée d’irréductibles demeurent sous la coupe de leur maître.

Le renouveau liturgique annonciateur de joies perdues avec les chants de l’Après Vatican II s’écrase. Ses faux miroitements s’éteignent jetant une ombre froide sur ces terres rendues à la jachère.

Au moment où l’Eglise célèbre le Jubilé du Renouveau charismatique le livre de Xavier Patier va froisser certaines ardeurs. Mais n’oublions pas que si l’Eglise est millénaire c’est qu’elle s’est bâtie en tirant les leçons de l’histoire. Les vies en communauté se bâtissent sur des règles façonnées par le temps et c’est à ce prix qu’elles constituent des remparts contre le sectarisme, le fanatisme et l’érosion. L’effusion de l’Esprit ne peut être assimilée à la confusion dans les esprits !



LA GLOIRE DES MAUDITS

ESTIENNE D'ORVES N

ALBIN MICHEL
23,49 €

La France d’aujourd’hui se débat encore dans les ombres de l’Occupation. Elle se complait à ne pas faire toute la lumière sur nos années noires, à garder sous le boisseau les savoureuses et grasses compromissions dont se délectèrent certains intellectuels – en général les plus en vue – et sur lesquelles ils prospérèrent le temps du Paris allemand.

Mais après avoir été condamnés à l’issue de la guerre vous êtes-vous demandé ce que ces intellectuels proches de l’occupant sont devenus ?

Ont-ils fait marche arrière et vécu en demi-teinte ? Ont-ils adopté un profil bas ? Ou bien au contraire ont-ils crié et revendiqué silencieusement et ourdi des complots pour récupérer une autorité légitime dont ils auraient été spoliés ?

C’est l’interrogation de Nicolas Estienne d’Orves.

Dans ce roman au style enlevé l’auteur brosse avec une délectation évidente et une rosserie dont nous lui savons gré un portrait haut en couleur, riche en informations et anecdotes du Paris des années 50.

Tout débute en1953 lorsque les collaborateurs sont libérés de prison bénéficiant d’une amnistie générale. C’est le réveil du Paris de la collaboration, ils peuvent reprendre du service !

Germaine Lubin n’en finit pas de chanter les louanges d’un Paris occupé en réunissant chez elle un cénacle de nostalgiques mêlant hétaïres et courtisans du pouvoir allemand. Jacques Benoit Mechin, la tête haute sauvée de justesse, côtoie le couple Morand et Maurice Bardèche le beau-frère de Brasillach. René et Josée de Chambrun dissertent avec leurs complices à propos de Nuremberg, « cette aberration juridique ».

Hubert Beuve-Méry dans un esprit corporatiste recycle d’ex-journalistes de « La Gerbe » ou du regrettable « Je vous hais ». Hubert Beuve-Méry

 

Pour se faufiler dans ce Paris souterrain Nicolas Estienne d’Orves s’attache à suivre les pas de la romancière Sidonie Porel, Prix Goncourt 1922. Le lecteur se trouve alors plongé au cœur des clapotis frémissants de la marmite où s’ébattent les bannis de la IVème république. Il croit frémir et être emporté par l’élan de ceux qui souhaitent provoquer de grands remous mais réalise rapidement qu’il ne fait que patauger au milieu des remugles du passé.

Intouchable, couronnée de lauriers par la « résistance », place forte du microcosme littéraire parisien, Sidonie Porel écrit une vaste fresque littéraire « Les deux France » où deux familles traversent le XXème siècle.

Mais ce panache, cette autorité conquise et affichée des vainqueurs recèlent également ses failles dans lesquelles le lecteur s’engouffre se demandant s’il en verra le fond.