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Nous avons lu et aimé

Nous avons lu et aimé

Nos impressions à partager avec vous, chers(ères) lecteur(trices).


L-AMANT NOIR

MONTETY, ETIENNE DE

GALLIMARD
19,50 €

Les livres à propos de la Grande Guerre pleuvent aujourd’hui comme les balles en ce temps-là. Si les impacts actuels épargnent heureusement les corps ils marquent les esprits comme le superbe roman d’Etienne de Montety arrivé en librairie voici quelques jours.
C’est en compagnie de Fleurus Marie de Duclair, militaire de vocation, lieutenant lettré possédé par la poésie et écrivain voyageur que le lecteur parcourt le monde d’après. Ce monde d’après c’est celui de l’après-guerre de 14 que le soldat engagé le jour même de ses 18 ans ne peut plus regarder qu’avec le secours de l’amant noir, cette drogue chic, cette drogue qui détruit l’intérieur et enchante l’extérieur. Ces fumées bleues sont exhalées à Constantinople, au Maroc, à Paris. Le monde de Fleurus est hanté par Chénier et Loti dont la présence éclaircit beaucoup les pages du récit assombries par les souvenirs de guerre, les tourments de l’homme et du militaire. Etienne de Montety confère heureusement à Fleurus une pointe d’humour qui éloigne avec beaucoup d’élégance et de vivacité les délectations moroses du soldat écrivain.



PLON
13,20 €

Nous célébrons la dixième année du départ de l’Abbé Pierre dont la vigoureuse présence dérangeante au cœur de cet hiver si rude manque pour réveiller nos consciences.
Son regard, ses combats, ses indignations semblent s’imposer dans notre actualité avec une troublante évidence.
Son combat pour matérialiste qu’il puisse apparaître ne manquait pas de souffle. Sa spiritualité, portée par le timbre et la scansion de sa voix, reste présente à nos esprits également grâce aux écrits qui demeurent.
Plon réédite un recueil de pensées, de « petites méditations sur la foi chrétienne et le sens de la vie » précise l’éditeur. Les thèmes y sont variés et rejoignent nos interrogations. Elles contribuent à éclairer notre propre regard.



La sainte au sablier

Le Guillou Philippe

Salvator
17,00 €

         Les livres évoquant sainte Thérèse de Lisieux paraissent au fil des saisons à un rythme de métronome.
         Celui que nous offre Philippe Le Guillou – dont je dois écrire qu’il est à mes yeux l’un de nos meilleurs écrivains d’aujourd’hui – marque le lecteur par sa différence de ton, son style et sa forme littéraire.
         La Sainte au Sablier est un récit habité, un chant gracieux prenant la forme d’un carnet du pèlerin qu’est devenu Philippe Le Guillou pendant la semaine sainte 2016 où il se rend à Lisieux : « Pèlerinage solitaire à Lisieux en ce deuxième jour de printemps, et ce premier de la grande semaine que les Anciens disaient « peineuse » pour préparer l’écriture de la sainte au sablier ».
         Le ton du récit peuplé de notes personnelles et d’impressions dictées par les lieux habités par Thérèse vivifie le texte et anime la spiritualité à laquelle il nous est donné de goûter. Elle rayonne d’un bout à l’autre,  de l’enfance jusqu’à l’ultime épreuve du passage de la terre au ciel.  L’auteur nous fait le don de son cheminement dans les pas et sous le regard présent de la sainte.
     Ce livre est un cadeau dont l’épaisseur ne se mesure pas au nombre de pages mais à l’aune de ce qu’il noue et ouvre en nous dans notre intérieur, à la mesure des  œuvres  qu’il accomplit par le seul choix et l’ordonnancement des mots. Ils filent ou s’agrègent, cognent et caressent mais inévitablement touchent le limon d’enfance que nous conservons pieusement en nous.
         L’enfance règne chez Thérèse, elle est maîtresse. Elle se hisse au centre du récit de Philippe Le Guillou. Elle guide son regard. L’écrivain note : «  C’est une autre forme de folie qu’il s’agit de goûter et elle porte un nom superbe : l’esprit d’enfance ». Il renchérit en citant Bernanos : « Le monde va être jugé par les enfants ».
         L’enfance s’accompagne du sourire conservé par la petite Thérèse jusques aux convulsions douloureuses de sa fin. Il se fait jubilatoire quand  les torsions physiques de l’effort se font ressentir.
         C’est que la sainte, celle qui va assombrir son point de vue, le noircir, veut  effacer les couleurs vives des pommiers blancs et  des   prairies vertes de la Normandie qui ravirent ses premières années pour être toute à Dieu.
         « (Thérèse) celle qui va s’enfermer définitivement, faisant le don de tout – de ses boucles, de sa jeunesse, de son appétit de vivre et de courir dans la campagne, au hasard des pertuis et des garennes – est intimement liée au paysage normand, à ce qu’il peut avoir de rustique, de lourd, d’onctueux et de rond ».
         La toute jeune Thérèse, pour se tourner entièrement vers Dieu sait ce qu’elle désire plus que tout. Elle veut renoncer au monde qui l’entoure. Elle est obsédée par la claustration.
         « Elle ne veut pas vivre comme les autres, elle veut rejoindre ses sœurs cloîtrées, elle veut porter le beau nom de carmélite » ! « Elle veut la beauté contrainte ».
         Thérèse cloîtrée, son sourire  devient absolu, total. Il gagne  son intérieur. Elle est tout sourire pour Dieu et pour ses sœurs.
         Thérèse poursuit son cheminement ascendant vers le ciel. Le lecteur porté par ce mouvement respire son odeur sainte. Il est saisi par sa souffrance et sa lecture est bousculée par ses suffocations. Soudain son mal si silencieux  bruisse et crie sous la plume de l’écrivain rythmée par les saccades d’une respiration qui s’épuise et va s’éteignant jusqu’à l’expiration. Son encre est rougie du sang perdu par Thérèse, elle devient la larme recueillie par une de ses sœurs carmélites.
         «  Thérèse la Normande (est) loin des excès et des hauteurs des 7èmes demeures et sublimes extases. Thérèse songe aux âmes communes, elle se tient loin des sommets, des donjons du Château intérieur, elle pressent qu’il suffit de considérer la vie ordinaire comme une source continue d’occasions d’aimer Dieu. Dieu est là, est toujours à portée de main ».                                                                                                                                                                                        Christophe Aveline   



LA VALSE DES ARBRES ET DU CIEL

Guenassia Jean-Michel

Albin Michel
19,50 €

        De la lecture des titres de la rentrée littéraire 2016 émerge un thème majeur : les liens existants entre les arts et notamment entre littérature et peinture. Le roman de J-M. Guenassia appartient à cette catégorie.
        L’auteur évoque les semaines que Vincent Van Gogh passa durant l’été 1890 à Auvers-Sur-Oise se rapprochant de la famille du Docteur Gachet.
        En quelques pages le lecteur est entrainé par la passion du peintre pour la nature, sa frénésie de travail et ses sentiments pour une très jeune femme, Marguerite. Cette puissance de vue et de vie contraste avec la fin brutale du peintre. Alors rien de vraiment étonnant que dans une approche toute nouvelle éclairée par l’historiographie récente, les conditions de sa mort soient sérieusement remises en cause par notre romancier.
        Parfaitement documenté, Michel Guenassia compose avec les codes sociaux de l’époque et situe historiquement les évènements relatés. Les quelques pages reconstituant la rencontre entre la famille Gachet et la famille du pharmacien de Pontoise justifient à elles seules la lecture de l’ouvrage tant elles sont savoureuses de vérité sur les mœurs et les sentiments animant les protagonistes.
        Les codes de vie des habitants actuels du Vexin, sont-ils à cet égard si différents aujourd’hui qu’hier ? Pas si certain ! Vous en jugerez par vous-même.



Musée d'Orsay
45,00 €

        Avec l’automne s’ouvre la saison des nouvelles expositions parisiennes. Au cœur de ces propositions le Musée d’Orsay accueille du 27 septembre 2016 au 15 janvier 2017 une exposition consacrée au Second Empire (1852 -1870).
        Pour mieux vous préparer à la visite, pour l’approfondir ou encore en garder le souvenir, les éditions dudit Musée éditent un magnifique et très complet catalogue qui l’accompagne.
        Pendant longtemps injustement déconsidéré, le Second Empire renait de ses cendres et c’est très bien ainsi. Nous voici en mesure de rattraper le temps perdu et d’apprécier ce qui fit ses beaux jours !
        Le pouvoir de l’époque soucieux de plaire instaura ce que les historiens nomment La Fête impériale. C’est de cette fête dont il est question dans ce livre d’art de 319 pages.
        Tout débute par une histoire politique très utile pour resituer et contextualiser l’histoire des arts dont chacun connait l’intimité avec l’histoire générale.
        Puis de chapitre en chapitre, le lecteur découvre les différentes déclinaisons de cette fête : la peinture dans l’art du portrait ou au Salon de 1863, l’architecture et le décor intérieur, la ville et ses spectacles – théâtre, opéra –, l’exposition universelle.
        C’est un régal dont il ne faut pas se priver.
        Ce travail est placé sous la direction de Guy Cogeval, Yves Badetz, Paul Perrin et Marie-Paule Vial.



SEUIL
29,00 €

        Le sujet de cet album s’impose comme une nécessité aux auteurs, aux éditeurs et aux lecteurs. Il faut connaître les religions, leurs histoires et leurs richesses pour qu’elles puissent coexister en paix.
        Aussi c’est une forme de devoir que d’ouvrir le magnifique album très didactique que vient de rédiger l’éminent philosophe Roger-Pol Droit.
        La forme de l’ouvrage met l’accent sur l’iconographie parfaitement lisible et commentée. L’art apparait alors dans sa splendeur comme une forme d’expression du sacré, une vocation à servir le beau dans les religions.
        Ouvrir ce livre, c’est à coup sur désirer le lire.