Vous n'êtes pas connecté


Votre fin de semaine en livres



Chaque fin de semaine nous vous proposons deux titres agrémentés d’un commentaire bref et précis. Une possibilité de choisir mieux et rapidement les livres de votre week-end !

19 janvier

 Avec « Fraternelle mélancolie » Stéphane Lambert propose une lecture bouleversante de la rencontre entre l’écrivain Américain Nathaniel Hawthorne et son jeune condisciple Herman Melville. L’onde de choc de leur découverte mutuelle en 1850 – au-delà de la connaissance qu’ils avaient déjà acquise d’eux-mêmes – va teinter le restant de leur vie.
Ces deux hommes, parangons de la jeune littérature américaine, éprouvent une attraction mutuelle les poussant à tenter de rompre leur isolement et à sonder toujours plus profondément l’âme humaine. L’espérance d’une Amitié totale fait naître conjointement chez eux un espoir d’accomplissement aussi vertigineux que le risque de l’inaccomplissement est abyssal.
 Dépassant leur admiration littéraire réciproque, un questionnement les étreint et les attire l’un vers l’autre, les pousse à se revoir, à construire l’amitié absolue qui enfin comblera l’abîme de solitude qui les tient à distance du monde et colmatera la fêlure secrète qu’ils ont instinctivement décelée chez l’autre. Ils sont dans l’attente de l’autre, l’attente et la recherche de la confidence absolue, en quête de l’Amitié et de la fraternité.
Cette rencontre va changer le cours de leur vie, de leurs pensées et de leurs écritures. C’est en tous les cas le point de vue hautement maîtrisé et éprouvé de Stéphane Lambert qui mène ce qu’il nomme une libre déambulation en compagnie des deux écrivains pour faire circuler sous nos yeux les mécanismes et les fluides de la création ainsi que le flux de leurs humeurs. Stéphane Lambert en tire la matière d’un récit puissant et brillamment construit : « Fraternelle mélancolie ».
Au premier coup d’œil de leur première rencontre le jeune Melville est vivement séduit par la finesse de l’allure de l’écrivain déjà réputé « figure de proue de la jeune littérature américaine » et auteur à succès de La lettre écarlate. Hawthorne bien que doté d’un tempérament réservé est lui aussi soudainement « aimanté » par le jeune Melville auteur de deux récits de voyage à succès.
Habitant tous les deux la Nouvelle Angleterre – dans les Berkshires – les paramètres matériels d’une possible amitié tant de fois idéalisée sont mystérieusement réunis : Ils pourront se revoir et s’écrire. En fin de compte le résultat apparaitra d’une maigreur effrayante : ils ne se seront rencontrés que huit fois et leurs échanges épistolaires seront peu nombreux bien qu’ils aient été habités par une incontestable intensité allant crescendo.
Melville et Hawthorne finissent par éprouver dans leur âme comme dans leur chair les exigences de cet accomplissement amical, les nécessités de cette fusion pour qu’elle aboutisse au partage total. Cette ultime étape indispensable à leur rencontre absolue effraie Hawthorne qui s’en détourne du mieux qu’il peut, enfouissant dans le gris de sa vie la verdeur d’un possible épanouissement fraternel.
 Hawthorne préférera s’éloigner, refuser de combler ce vide sidéral, emmener sa solitude plutôt que prendre le risque de se bruler.
 De son côté Melville restera avec l’impossibilité de combler son attente, trainera longtemps le rêve avorté de cette fraternité. Il se crispera autour de cette déception qui désormais va mobiliser toutes ses aspirations.
Après avoir rédigé un démonstratif essai sur Hawthorne, Melville modifie le cours de l’écriture de son monumental roman « Moby Dick » qu’il dédie à son ami. Il y insère sa continuelle recherche de sens et y brasse le tourment des âmes en lui donnant une « dimension mythique ».
 Une irrépressible mélancolie souffle sur leur existence, la souffrance remplace l’espérance et sert de combustible à leur vie et à leur travail d’écriture quand il peut encore se faire.
« Un amour ne vit-il pas plus de ce qu’on y projette que de ce qui s’y réalise vraiment ? Ceci explique la valeur que chacune de leurs rencontres a pu représenter pour eux en même temps que l’immense déception qui découlerait ».
Ce splendide et sombre échec perfore le cœur de Stéphane Lambert qui s’interroge. Pourquoi cette quête d’Amitié absolue fût-elle un échec ? Pourquoi s’éloignèrent-ils ?
Il puise dans l’épaisse matière de leurs romans, dont il s’empare avec une connaissance subjuguante, pour conduire sa recherche.
Parce que les sujets contenus dans ces interrogations dépassent le traitement qu’en firent en leur temps et à leurs manières les deux écrivains américains, Stéphane Lambert puise alors dans sa propre expérience intime pour aboutir à écrire sa réponse. Il nous invite à en faire de même.



Extrait de :

Fraternelle mélancolie : Melville et Hawthorne, une passion

LAMBERT STEPHANE - (ARLEA)

19,00 €



Infos disponibilité


En stock : Livré sous 24 à 48h ou retrait en librairie immédiatement.


En stock : Livré sous 8 à 10 jours env. ou retrait ultérieur en librairie.


Article non disponible