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Votre Fin de semaine en Livres



Des titres agrémentés d'un commentaire bref et précis. Une possibilité de choisir mieux et rapidement les livres de votre week-end!

14 janvier

      Alain Dulot donne rendez-vous aux lecteurs à l’extrémité de ce XIX siècle si riche de bouleversements, d’évènements et d’hommes remarquables - probablement une des périodes les plus fécondes de l’histoire – qu’il apparaît avoir filé à vive allure. En rien Il ne fait ces 100 ans!

     A l’opposé, Paul Verlaine semble trainer sa patte depuis si longtemps que sa vie interrompue prématurément à l’âge de 51 ans en janvier 1896 semble s’être éternisée, avoir traîné en longueur. L’homme apparaît asséché, aviné et usé avant l’heure.

     Il fut pourtant une éphémère figure littéraire remarquable de ce grand siècle. C’est dire la géniale révolution poétique qu’il incarna.

     Les semaines qui précèdent la mort du poète immobilisé servent de décor au portrait très humain auquel Alain Dulot donne vie, dopé par ce privilège appartenant aux seuls écrivains d’animer même les choses mortes et les êtres à bout de souffle.

     Il faut accorder à notre auteur une familiarité peu commune avec « la tribu des arts » et une singulière connivence avec Verlaine pour porter au jour le magma de ses amours mortes de Verlaine, celles qui l’ont fait vibrer et auxquelles il songe probablement durant son agonie. C’est en tous les cas ainsi qu’ Alain Dulot imagine les derniers jours du poète acculé à rendre l’âme. Comme seul un témoin capable de lire dans les pensées et de percer les mystères de la poésie, de ses vers, peut avoir la prétention de s’en faire l’interprète.

     Le cortège de leurs dépouilles défile sous nos yeux comme les secousses de leurs tensions trépassées ayant agité l’écrivain tantôt vers le haut, la plupart du temps vers le bas. Il occupe désormais toute la place dans la mémoire du poète.

     C’est son terreau de vie amoindrie, recroquevillée sur l’essentiel.

     Dans un mouvement de balancier, son esprit oscille entre amours et morts. C’est le rythme de sa pensée sur lequel est calqué celui du roman.

     Deux phares ont éclairé le poète dans la force de l’âge et hantent ses pensées au moment de son trépas. Deux amours lumineuses couvrant les ruines de ses ambitions déchues : sa mère et Rimbaud.

     A propos de Rimbaud :

     « Personne n’a jamais rien compris à votre relation. On a dit de lui qu’il était un génie, mais qu’il avait surtout été ton mauvais génie, qu’il t’avait envoûté pour mieux t’entraîner sur des chemins hasardeux où tu t’es embourbé. On a dit qu’il avait été pour toi « la pierre qui fait trébucher une destinée ». Comme si tu avais, par malchance, fait une mauvaise rencontre. Rimbaud un accident ? Un caprice ? Une parenthèse ? Non : la vérité de ta vie. Il t’a offert une saison en paradis. Il t’a entraîné dans un vagabondage dans les Ardennes, en Angleterre, en Belgique. Dans d’autres vagabondages aussi. Mais c’est vers toi, c’est jusqu’au cœur de toi-même, qu’il t’a emmené ».

  

Christophe

 


Extrait de :

TOUS TES AMIS SONT LA

DULOT ALAIN - (TABLE RONDE)

16,00 €



14 janvier

     Le récit de vie de Tonino Benaquista vous saisit immédiatement parce que aussi attachant qu’ émouvant. Il évoque à titre principal ses origines italiennes, son enfance et le cheminement inattendu qui a conduit ce fils d’immigrés venus en France en 1954 à devenir écrivain.

     Le parcours du petit Tonino habitant une banlieue déshéritée jusqu’à la résidence historique des éditions Gallimard (son éditeur aujourd’hui) rue Sébastien Bottin au cœur d’un Paris rive gauche, doré et intellectuel, révèle une miraculeuse assimilation à la française ne manquant pas de saveurs !

     Dernier né de sa famille, il regarde cependant avec sévérité et réalisme, la condition imposée par un père ouvrier alcoolique, à une mère dépressive et à des enfants qu’il destine pour les filles au moins à suivre les cours Pigier et à obtenir l’enviable statut de : sténo- dactylo ! Voilà les limites de la réussite, les sommets atteignables.

 

     C’est le rêve à courte vue de ses parents qui ne réussiront jamais à parler autre chose qu’une langue peu intelligible pour le commun des mortels intégrant quelques mots de français mal digérés à un italien déformé. Une bouillie peu audible.

     C’est vous en conviendrez un chaudron duquel personne n’aurait songé à en voir sortir un écrivain.

     En creux des aventures de cet enfant qui répugne à lire et à s’évader d’un quotidien misérable et a priori privé d’avenir, se dessinent à chaque étape de la vie les leviers qui auront servi à la construction d’un homme français à l’imaginaire débordant disposant d’une vaste culture.

     La querelle de la francisation des prénoms, revenue ces temps derniers sur le devant de la scène politique, s’avère être une affaire assez ancienne. Pensez-vous que si le petit Tonino, né en France à Choisy-le-Roi en 1961, s’était prénommé Antoine, sa réussite en eut été plus fulgurante ? Rien n’est moins certain.

     C’est aussi le rôle de l’école, de la télévision, du cinéma puis de la Bande dessinée qui sont mis en évidence sur le chemin de la métamorphose du petit garçon nous amenant à réfléchir à ce que pouvait et peut être la culture populaire.

     Mais ce qui domine et sous-tend l’ensemble c’est la beauté du maniement de la langue française, sa maîtrise au quotidien comme son utilisation plus littéraire. Elle apparaît un merveilleux outil, un trésor que Tonio Benacquista a fini par découvrir et cultiver au point d’en devenir écrivain !

     Ce récit intéressera autant les lecteurs habituels de l’écrivain que ceux qui le découvriront en lisant ce récit où pour une fois l’écrivain consent à parler de lui.

 

Christophe

 

 


Extrait de :

PORCA MISERIA

BENACQUISTA TONINO - (GALLIMARD)

17,00 €


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