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Votre Fin de semaine en Livres



Des titres agrémentés d'un commentaire bref et précis. Une possibilité de choisir mieux et rapidement les livres de votre week-end!

17 septembre

La froideur de nos villes asséchées au profit des périphéries commerciales turgescentes, sans âmes ni beauté, m’attriste. Elles laissent nos édiles à peine élus comme désemparés et boudés par leurs concitoyens mettant en doute leur capacité à accomplir leur devoir et à mettre en œuvre des projets fédérateurs qui auraient pour premier mérite de retisser et épaissir le lien social tout en embellissant les paysages urbains.
Je conseille donc aux élus municipaux, en mal d’inspiration, de lire sans attendre « Les Bourgeois de Calais » où l’attachante figure du maire de cette cité – Omer Dewavrin – offre un exemple concret de ce que peut être l’accomplissement d’une vie au service de sa ville et de ses habitants.
Michel Bernard, écrivain haut fonctionnaire serviteur de l’Etat, de sa plume chaude et limpide en retrace l’existence à partir du moment (1884) où l’idée féconde lui vint de reprendre le projet, un temps abandonné, de l’érection sur la place d’arme d’une statue évoquant le courage et l’esprit de sacrifice des Calaisiens au temps de la guerre de Cent ans, quand la ville fut assiégée de septembre 1346 à août 1347 par les anglais.
Omer Dewavrin partageait avec ses concitoyens la fierté de cet épisode dont l’écho avait retenti par-delà les frontières du Nord pour devenir de l’histoire nationale. Episode durant lequel six bourgeois de la ville menés par son principal échevin – Eustache de Saint Pierre – s’étaient rendu à l’assiégeant, le roi Edouard III d’Angleterre, en chemise, pieds nus et la corde au cou pour lui remettre les clés de la ville afin qu’il épargne la vie des calaisiens.
Au milieu de la terreur infligée par l’occupant, Michel Bernard se saisit du lyrisme tragique tétanisant la ville et mobilisant les forces sacrificielles des bourgeois pour mobiliser toute notre attention au moyen de cette évocation sous haute tension.
Débutaient alors dix années au cours desquelles, le maire devrait, pour donner corps au projet, se jeter de toutes ses forces dans sa réalisation, jusqu’à l’obsession. Il lui faudrait déjouer les pièges politiques, se muer en homme de l’art en défendant un projet esthétique et trouver les fonds nécessaires à sa réalisation. Omer Dewavrin s’était enchainé à son projet, mais L’Etat serait-il au rendez-vous ?
C’est en quelque sorte l’ultime dénouement de l’histoire d’un siège qui joue les prolongations dont le lecteur est le témoin privilégié dans ce roman.
La réalisation de la statue fut confiée à Auguste Rodin. Le commanditaire et le sculpteur se reconnurent vite l’un l’autre et l’estime mutuelle issue de leur rencontre huila les rouages de la réalisation du projet. Mieux encore, Rodin en proposant d’évoquer ensemble dans un groupe statuaire les 6 bourgeois et non seulement leur meneur, traduisait en acte dans la pierre la pensée du maire : fédérer les habitants autour d’un projet qui donnerait à chacun la fierté d’habiter Calais.
C’est dès ce jour que le travail de Rodin débuta.
La confiance inspirée au maire par le sculpteur fut solidifiée quand, lors de sa visite des ateliers parisiens, il vit un Rodin ayant les mains dans la glaise et les pieds dans la terre selon la formule si réaliste de Michel Bernard.
Une amitié inattendue et touchante en devenir, aussi solide que le bronze de la statue des Bourgeois, se forge sous nos yeux le long des pages du roman. C’est là, le socle de la statue.
Rodin part à la découverte de la région de Calais, de ses grandes villes du nord, cherche à comprendre le caractère de leurs habitants et lit les chroniques de Jean Froissart où Calais dans la guerre de Cent ans abondamment décrit, lui donne la matière utile à sa réflexion.
L’esprit, la connaissance peut désormais seconder le geste du sculpteur.


Extrait de :

LES BOURGEOIS DE CALAIS

BERNARD MICHEL - (TABLE RONDE)

20,00 €



17 septembre

Doit-on vivre hors du monde, à la manière d’anachorètes, isolés, retranchés des vibrations extérieures, enfermés dans sa bulle hors des cercles d’intellectuels, pour entreprendre avec succès une recherche ? La grande recherche, celle qui aboutira à trouver quelque chose de nouveau, une idée absolument innovante qui marquera à tout jamais les esprits.
Vous étiez-vous déjà posé la question ?
Non. Aucune importance, Laurent Nunez le fait pour nous.
C’est cette voie dans laquelle deux grammairiens jeunes et réputés – Meinhof et Choulier –, s’engagent résolument pour explorer les étonnantes et infinies subtilités de la grammaire française !
Loin de l’ennui que la matière en règle générale procure, ils s’y complaisent comme deux poissons dans l’eau au point de se retirer du monde pour aller vivre en complice dans les Alpes-Maritimes avec pour seule et unique occupation la grammaire.
Ils entrent en mode avion. Pourront-ils y rester ?
Pour optimiser leur chance de réussite, les deux compères vont créer les conditions indispensables à leur quête : Souvent drôles et saugrenues mais parfois également étranges et inquiétantes celles-ci constituent à n’en pas douter les préliminaires à l’élaboration, les paramètres incontournables à une issue heureuse.
C’est ainsi que Choulier et Meinhof vont bien vite entreprendre de se débarrasser de leurs livres trop encombrants acheminés à grand frais depuis Paris au moyen d’un autodafé. N’est-ce pas en brûlant toute la littérature des traités de grammaire qu’ils libéreront les vannes de leur propre réflexion ! Ils en viendront également à refuser toutes les tâches matérielles et laborieuses du quotidien, pour se jeter sans filet, à esprit perdu dans le puits sans fond de leur érudition, pour grenouiller plus à l’aise dans leurs connaissances où germera à ce prix la théorie.
Le lecteur suit, l’esprit en éveil, et un sourire dans les yeux, le cheminement peu ordinaire de ces deux hommes volontairement délivrés des contingences du monde, livrés aux seules exigences de la mécanique de leur esprit.
Ce livre au phrasé élégant est un bonbon, une délicate sucrerie qui autorise le lecteur à suivre une leçon de grammaire dispensée dans une cour de récréation ! Le jeu subtil des mots, de leur histoire, de leurs sens nous amène à briser la glace qui nous sépare des joies cachées de la grammaire !


Extrait de :

LE MODE AVION

NUNEZ, LAURENT - (ACTES SUD)

21,00 €


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