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Votre Fin de semaine en Livres



Des titres agrémentés d'un commentaire bref et précis. Une possibilité de choisir mieux et rapidement les livres de votre week-end!

15 janvier

  Les unions aux imbrications indélébiles, inébranlables sous le poids des ans, des modes, des doutes, des certitudes et des incertitudes passées par-dessus bord, sont rarissimes. Le couple François Sureau – Guillaume Apollinaire frappe le « lecteur-observateur » parce qu’il a de cette rareté et qu’il enjambe sans déchirement le grand écart des ans. Il est taillé à la mesure de l’éternité que leur prose poétique tutoie.
Je dirais volontiers de ces deux-là : dis-moi qui te hante, je te dirai qui tu es.
Apollinaire a hanté François Sureau dans la verdeur de ces jeunes années. C’est là qu’il a été fauché, emporté par le rythme de ses mots, taraudé par ses vers, interrogé par sa vie brève. Le choc s’est propulsé dans l’esprit de l’écrivain en formation. François Sureau fut harponné pour entamer une conversation avec le poète, un dialogue dont les ondes étendent leurs bras jusqu’à aujourd’hui et portent ce récit au titre évocateur et sans fard : Ma vie avec Apollinaire.
« J’ai aimé Apollinaire dès le début de mon adolescence ».
C’est dans le grenier aux merveilles de sa maison familiale, ce lieu unique de beauté et de rencontres secrètes que jamais dans le cours de nos vies nous ne pouvons fouler à nouveau pareillement, protégé des effractions extérieures – coffre-fort magique, mystérieux et protecteur de l’enfance éclatant les frontières du temps – que l’alliance incomparable s’est nouée.
Où les adolescents d’aujourd’hui trouveront-ils ce refuge indispensable générateur de jouissances élégiaques aux draperies voluptueuses puisque nos constructions contemporaines font l’économie des greniers et des soupentes ?
« J’ai aimé Apollinaire dès le début de mon adolescence. J’ai conservé la pipe que je lui avais prise l’année de mes 15 ans et qui ne m’a jamais plus quitté. Je venais d’arriver chez les Jésuites à Saint Louis de Gonzague. Je me récitais l’Emigrant de Landor road (tiré du recueil Alcools). Moi aussi j’étais l’un de ces mannequins vêtus comme il faut qu’on se vête. Sur mon pupitre en bois j’avais gravé à la pointe d’un couteau de poche, que mon bateau partira demain pour l’Amérique, et je ne reviendrai jamais ».
Maintenant que nous savons comment leur amitié s’est nouée, reste pendante la question du pourquoi ?
« Guillaume est singulier, parmi ceux que j’aime de ce temps – là, parce qu’il n’est pas parti. Il attendait de grandes choses du monde nouveau, il les attendues jusque dans la guerre. Lorsque ce monde se faisait trop dur il espérait le transformer par l’art et l’oublier dans l’amour. Il s’y est projeté de grand cœur et cela me touche, surtout aujourd’hui où tant de contemporains n’ont pas de mots assez durs pour leur temps, pleurant un passé imaginaire ».
Le récit révèle un François Sureau baignant dans le tumulte humain et l’univers lettré de Guillaume tel que dans la chaleur intimiste de leur union il finit par l’appeler. Il s’ébroue avec délectation dans le bouillonnant fourmillement de ses amitiés, la vigueur incandescente de ses amours. Il communie ainsi à la ferveur du XXème siècle à construire.
Sous nos yeux Le poète fréquente les beaux esprits provocateurs, les janissaires de l’Avant-garde, les Surréalistes, les porteurs de cet Esprit Nouveau dont il se fait le chantre et qu’il proclame.
Voyez la rutilante distribution formant le cortège de son mariage. Leurs seuls noms témoignent de la constellation dans laquelle il s’est laissé emporter.
C’est entouré de Pablo Picasso, Lucien Décaves, Gabrièle Buffet- Picabia et Ambroise Vollard que Guillaume de Kostrowitzky (nom de naissance) dit oui à Amélia Louise Kolb dite Jacqueline le 2 mai 1918.
Dans ce jeu de miroirs, les deux écrivains se frottent aux mêmes choses de la vie mais à distance toujours sous le regard de l’autre. Portés par les flots d’une même mer agitée, le tumulte du sac et du ressac, la crête de la houle frappe à tour de rôle les deux écrivains poussés à vivre les mêmes chocs, répondre aux mêmes interrogations, à suivre des chemins qui finissent par se couper.
François Sureau les passent en revue : les amours, les amitiés, l’art, la littérature, l’engagement, les femmes, les hommes, l’armée, la spiritualité, la mort, …
Mais voilà que celui qui n’était pas parti au contraire de Claudel, Gauguin, Stevenson, Foucauld, quitte définitivement la terre de France le 9 novembre 1918, celle qu’il avait choisie, celle qui l’avait élue sienne au prix du combat et du sang versé, celle qui l’avait adopté comme son fils et naturalisé.
François Sureau dans ce récit « sème Apollinaire à tous les vents, sur tous les murs ».


Christophe


Extrait de :

MA VIE AVEC APOLLINAIRE

SUREAU, FRANCOIS - (GALLIMARD)

16,00 €



15 janvier

Il vous faudra vous immerger, vous laissez emporter dans l’œil du cyclone littéraire de Jérôme Leroy, toucher à ses côtés le fonds de nos noirceurs contemporaines, errer dans les ruines de notre monde d’avant, fouiller les débris laissés par nos tornades contemporaines – éclatements, balkanisation, affrontements, dérèglements climatiques, tornades torrentielles, pour savoir qu’il y a devant nos portes closes, sous nos yeux aveugles à la beauté, des trésors enfouis prémices de civilisation et de renaissance.
Le roman puissant de Jérôme Leroy est une vaste errance, une course haletante et torturée dans une France éclatée, divisée et violentée où les éclaireurs du monde à venir fouillent les vestiges du passé pour au milieu des décombres présents, embarrassants, obturateurs, trouver un chemin lumineux, assouvir leur soif de civilisation, ressusciter leur goût d’un art de vivre qui guidait, il y a encore peu, nos presque contemporains.
Cette odyssée court dans nos métropoles, villes et régions. L’une d’entre elles, chère aux yeux de l’auteur et aux miens traverse le livre : Rouen.
« Rouen : la ville avait encore cette allure aseptisée, ces enseignes commerciales qu’on voit partout, ces magasins de smartphones et de lunettes de réalité augmentée, les agences immobilières, les banques qui remplaçaient partout les bars, les librairies, les bouquinistes et même les coiffeurs, bref tous les lieux où l’on vivait une vie humaine ».
Le lecteur emmené par le narrateur – un éditeur parisien pétri par un VIe arrondissement désanctuarisé, part à la recherche de ce qui représente pour lui le Graal.
A-t-il véritablement existé ? Quelles formes avait-il ?
Le fil rouge de sa quête, de sa recherche tient en un mot : la littérature et les écrivains – les vrais qui ont pour nom : poète.
Ici, le poète a pour nom Adrien Vivonne né le 13 novembre 1964. Son évocation fait émerger le climat de cette décennie, les stigmates de l’époque.
Le récit évoque un passé jouxtant notre présent, à peine refroidi, non oublié. Ses empreintes sont révélées à ceux qui se donnent la peine de les rechercher.
Amis lecteurs cherchez dans votre librairie le rayon poésie. Ses étagères existent ! Vous pouvez toucher les titres qui le peuplent. Vous pouvez facilement les trouver et même demander où elles sont situées. Mieux encore, lire certains des recueils qui y sont réunis.
Mais nous sommes aveugles et restons sourds à leurs discours, à leurs prophéties, à leur narration.



Christophe


Extrait de :

VIVONNE

LEROY JEROME - (TABLE RONDE)

22,00 €


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