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Librairie Saint-Paul


UN PERE SANS ENFANT


UN PERE SANS ENFANT

Auteur : ROSSANO DENIS

Éditeur : ALLARY

Date de parution : 29/08/2019

Format : 20.60 cm x 14.10 cm x 0.60 cm

EAN13 : 9782370732880


Quatrième de couverture

Le père est Douglas Sirk, metteur en scène de théâtre dans les années 20 et réalisateur apprécié de Goebbels dans les années 30. Marié à une juive, il doit fuir l'Allemagne pour les Etats-Unis où, grâce à ses mélodrames, il conquiert Hollywood. L'enfant est Klaus Detlef Sierck, le fils que Douglas a eu avec sa première femme, une actrice ratée devenue une nazie fanatique. Quand ils divorcent en 1928, elle lui interdit de voir son fils de quatre ans dont elle fera un enfant star du cinéma sous le Troisième Reich. 
Le père ne reverra jamais son fils, sauf à l'écran. Au soir de sa vie, dans les années 80, Douglas Sirk s'entretient avec Denis Rossano, un jeune étudiant en cinéma. Le réalisateur fait revivre Berlin, la propagande, son second mariage, l'exil, les grands studios après guerre, mais ne dit rien ou presque sur Klaus. Toute la vie, toute l'oeuvre de cet homme furent pourtant la quête désespérée de son fils adoré. 
Pour mettre des mots sur cette histoire que Douglas Sirk n'a jamais racontée, Denis Rossano mène l'enquête, jusqu'à découvrir ce que le cinéaste lui-même ignorait. Un père sans enfant est un roman vrai, digne des plus grands mélodrames.


Librairie Saint-Paul :

     Les cinéphiles seront naturellement sensibles à ce récit de la vie du réalisateur Douglas Sirk allias Detlef Sierck (1897-1987).
   J’invite cependant les autres à découvrir le destin de cet artiste lettré, car lorsque la souffrance d’un homme se heurte à la tragédie de l’histoire la vie prend une tournure romanesque qui ne peut laisser qui que ce soit indifférent.
       C’est ce qui a saisi le jeune étudiant en histoire du cinéma Remi – narrateur du récit – quand il décide dans les années 80 de se rendre à Lugano en Suisse pour échanger avec le mythique réalisateur de films allemands puis hollywoodiens. Celui qui a réinventé le mélodrame.
     La conversation s’engage alors entre les deux hommes. Au rythme des rencontres la densité des propos étoffe le dialogue. C’est en réalité bien plus et bien mieux qu’un entretien ou qu’une interview, c’est une remémoration, une « analyse » en direct. Les échanges chargés de leur « moi », forent les territoires les plus intimes et perforent les carapaces. Les silences sont parfois plus lourds de sens que les aveux et Douglas Sirk livre une part du plus précieux de lui-même en revisitant sa vie et en décodant ses films. (Paramatta bagne des femmes, La Habanera, Écrit sur du vent, Tempête sur la colline, Tout ce que le ciel permet…).
     Les propos tenus charrient la boue de l’histoire qui contraignit le réalisateur à accepter de travailler pour l’imposante firme de cinéma UFA aux productions si grandioses telles que L’ange Bleu, Chemin du paradis ou L'Opéra de quat’sous.
      La question qui hante alors les deux hommes puis le lecteur est de savoir pourquoi tandis que le péril nazi s’installait au pouvoir, Detlef Sierck se soumit au diktat d’un Goebbels borné et pourquoi il accepta de se mettre un temps au service de l’idéologie du national-socialisme alors même que sa femme était juive ?
     Denis Rossano au moyen d’un astucieux traveling littéraire éclaire successivement les différentes postures du cinéaste resituées dans le contexte politique et culturel de l’époque particulièrement bien décrite.
     Le lecteur s’interroge sur ce qui a bien pu déterminer cet homme raffiné, familier de Max Brod, Kafka, Doblin, Brecht, Otto Dix, l’enfant de l’esprit de l’Allemagne de Weimar à frayer avec ce cinéma populaire de propagande. A-t-il troqué sa carrière contre son honneur ? A-t-il préféré conserver les avantages liés à sa situation plutôt que d’affronter les risques et périls liés à d’un départ précipité. A-t-il, oui ou non et pourquoi, sous-estimé la force destructrice et aliénante du pouvoir qui s’installait ?
     Ce sont les lois du rapport entre création et pouvoir politique qui sont ici mises en scène et analysées.
    C’est alors, que de la noirceur des boyaux du passé, surgit la figure lisse et lumineuse de Klaus – l’enfant aux cheveux blonds et aux yeux myosotis. C’est l’unique fils du réalisateur né d’un précédent mariage avec l’actrice Lydia Brincken.
     L’enfant manipulé par une mère conquise aux idées du pouvoir en place se voit interdire tout contact avec son père.
     Ces deux-là ne se reverront jamais plus.
    Klaus modèle du jeune aryen, espoir de toute la jeunesse allemande s’enrôle au cinéma et devient une jeune star adulée et courtisée. Il apparait dans sept films à grands succès avant de disparaitre à tout jamais. (« Tête haute Johannes », « Dispute sur le garçon Jo » ou encore « Le grand roi »).
     Qu’est-il devenu ?
     C’est là le fil rouge de toute la vie du cinéaste, sa blessure cachée, l’axe majeur de sa pensée.
    Klaus fut-il la raison primordiale de son retard à fuir l’Allemagne qu’il ne quitta qu’en 1937 ne pouvant plus tergiverser sans mettre en péril son existence et celle de sa femme ?
    En 1980 à Lugano le vieil homme à bout de souffle d’avoir porté le fardeau de l’absent, plus lourd et obsédant que tous les présents, peine à exprimer sa vérité. La jeunesse de son interlocuteur qui l’invite à parler sans le juger l’aide à visionner sa vie et à s’interroger une ultime et dernière fois sur ses choix. Le lecteur en ressort avec un autre regard sur les films réalisés par Sierck. Ils s’avèrent être en réalité pour une large partie un hymne à l’enfance, une recherche sur ce que c’est que d’être un père.

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